La FSSPX est-elle vraiment et officiellement ralliée depuis le 8 décembre 2015 ?

Réponse claire de Menzingen.

source : Christus Vincit

 

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Mgr Fellay reçu par le Pape François le 1er avril.

 

Un éventuel accord ne serait donc plus unilatéral

 

Source MPI :

http://www.medias-presse.info/le-pape-rencontre-mgr-fellay-un-eventuel-accord-ne-serait-donc-plus-unilateral/52242

 

Rome et Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX, continuent de préparer les esprits à un accord entre les deux parties.  En effet, le pape François et Mgr Fellay se sont rencontrés à Rome le 1er avril 2016.

 

Le site DICI, organe de presse de la FSSPX, a donné une version « minimaliste » de l’événement :

« Le pape François avait souhaité une rencontre privée et informelle, sans le caractère officiel d’une audience. Elle a duré 40 minutes, et s’est déroulée dans un climat cordial. A l’issue de l’entretien, il a été décidé que les échanges en cours se poursuivraient. Il n’a pas été directement question du statut canonique de la Fraternité, le pape François et Mgr Fellay considérant qu’il faut poursuivre ces échanges sans précipitation.

Le lendemain matin, samedi 2 avril, Mgr Fellay a rencontré Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei, dans le cadre des relations habituelles de la Fraternité avec cette commission depuis les discussions doctrinales de 2009-2011 et les visites de plusieurs prélats en 2015-2016″.

Le quotidien Il Foglio donne une version légèrement différente en disant que la rencontre a été « positive » et « qu’entre François et Fellay le courant est passé. Il a été question d’un pas supplémentaire vers la reconnaissance canonique de la Fraternité de la part du Saint Siège sous la forme d’une prélature élaborée sur mesure sur le modèle de celle de l’Opus Dei avec une plus grande marge d’autonomie et pas seulement sur le plan de l’organisation« .

 

Pourtant, lors du congrès de l’Angelus Press, des 11 et 12 octobre 2013, Mgr Bernard Fellay avait affirmé :

« Quand on voit ce qui se passe maintenant [sous le pape François], nous rendons grâce à Dieu de ce que nous avons été préservés de toute sorte d’accord l’an dernier. Et nous pouvons dire que l’un des fruits de la croisade [du rosaire] que nous avons faite, c’est que nous avons été préservés d’un tel malheur. Dieu merci. »

Pourtant, depuis 2013, le pape François n’a eu de cesse de battre en brèche la doctrine catholique notamment lors du Synode sur la famille, et a posé quantité d’actes relativisant la gravité de l’homosexualité, en concélébrant par exemple avec un prêtre ouvertement homosexuel, et en nommant un de ses proches, Mgr Ricca, homosexuel notoire, à la tête de la Maison Sainte Marthe et de l’IOR (la banque du Vatican).

 

Qu’est-ce qui aurait donc bien pu changer le 1er avril 2016 pour qu’un malheur se transforme subitement en possibilité d’accord ?

 

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Mgr Fellay au Puy le 10 avril 2016 raconte sa rencontre avec le Pape François.

Aveu d'une stratégie lente.

 

Mgr Fellay raconte, avec passion, sa  rencontre avec le pape. Dans l'entretien, les deux interlocuteurs semblent d'accord pour avancer lentement car "vous avez des problèmes (la résistance) et moi aussi j'ai des problèmes... Pour ne pas créer de divisions, prenons notre temps", dit le pape.

Il est donc clair pour Rome que la meilleure façon d'absorber toute la tradition est d'avancer lentement pour que toute résistance s'émousse.

Le message est clair...  Mgr Fellay veut anesthésier la résistance catholique.  Y arrivera-t-il ?  C'est contre Dieu qu'il lutte...

 

Mgr Pozzo explique la venue de Mgr Fellay à Rome

 

"La rencontre s'inscrit  dans le contexte du cheminement de la FSSPX vers la pleine réconciliation"

 Source : la croix

 

Quelques jours après la rencontre entre le pape François et Mgr Fellay, le supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), Mgr Guido Pozzo secrétaire de la commission Ecclesia Dei, a indiqué qur les « documents du Concile Vatican II (devaient) être accueillis selon le degré d'adhésion requis ».L'acceptation des textes sur les relations avec les autres religions ne constitue pas un pré-requis pour la reconnaissance juridique de la société lefebvriste et certaines questions pourront demeurer « objets de discussion et de clarification », a-t-il précisé à La Croix.

 

 La rencontre, le 1er avril, entre le pape François et Mgr Bernard Fellay, chef de file des lefebvristes, s'inscrit « dans le contexte du cheminement de la FSSPX vers la pleine réconciliation, qui adviendra avec la reconnaissance canonique de l'Institut », a indiqué à La Croix Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei, qui s'occupe des relations avec la Tradition au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

 

 « En ce moment, il est surtout important de contribuer à créer un climat de confiance (…) pour dépasser les raidissements et la méfiance, qui peuvent être compréhensibles après tant d'années de distance et de fracture », poursuit Mgr Pozzo, assurant vouloir les « dissiper » pour retrouver « les raisons de l'unité et de la promotion de l'intégrité de la foi catholique et de la Tradition de l'Église ».

 

Différents degrés d'adhésion requis

 

 Pour le responsable des discussions avec la FSSPX, il convient de rappeler les trois points essentiels qui font d'une personne un catholique?: « l'adhésion à la profession de foi, le lien des sacrements et la communion hiérarchique avec le pape ». C'est ce que contiendra la Déclaration doctrinale « qui sera soumise à l'adhésion de la FSSPX au moment opportun ».

 

« En ce qui concerne le Concile Vatican II, le parcours mené dans les entretiens des dernières années a conduit à une clarification importante?: le Concile Vatican II ne peut être compris de façon adéquate que dans le contexte de la Tradition entière de l'Église et de son magistère constant », précise Mgr Pozzo.

 

« Les affirmations des vérités de foi et de doctrine catholique sûre contenues dans les documents du Concile Vatican II doivent être accueillies selon le degré d'adhésion requis », poursuit l'évêque italien, qui redit la distinction entre le dogme et certains décrets ou déclarations contenant des « directives pour l'action pastorale, des orientations et suggestions ou des exhortations de caractère pratico-pastoral », comme c'est le cas notamment de Nostra Aetate, ouvrant au dialogue avec les religions non chrétiennes.

 

 Pas un obstacle pour la reconnaissance canonique

 

 Celles-ci « constitueront, y compris après la reconnaissance canonique, un sujet de discussion et d'approfondissement en vue d'une plus grande précision, afin d'éviter les malentendus ou équivoques qui, nous le savons, sont répandus dans le monde ecclésial actuel ».

 

 « Les difficultés soulevées par la FSSPX au sujet des questions de la relation Église-État et de la liberté religieuse, de la pratique de l'œcuménisme et du dialogue avec les religions non chrétiennes, de certains aspects de la réforme liturgique et de son application concrète, demeurent objet de discussion et de clarification, a ajouté Mgr Pozzo, mais ne constituent a pas un obstacle pour la reconnaissance canonique et juridique de la FSSPX ».

 

 Il est demandé à la FSSPX « d'accepter que le magistère de l'Église soit le seul à qui est confié le dépôt de la foi pour être gardé, défendu et interprété ». « Je crois que cette clarification peut constituer un point fixe pour la FSSPX ».

 

Propos recueillis par Marie Malzac pour La Croix

 

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Extraits du dernier Cor Unum (bulletin interne des prêtres de la fsspx)

"Rome doit nous reconnaître tels que nous sommes..." Mgr Fellay

 

 publié par Maunoir sur http://christusvincit.clicforum.com/t716-Mot-du-sup-rieur-g-n-ral-de-la-fspx.htm

 

Le dernier Cor Unum, rédigé par Mgr Fellay le 1er novembre 2015 et distribué à tous les prêtres de la fsspx, ne déroge pas à la politique du ralliement.

Voici quelques passages tout à fait révélateurs. Mgr Fellay insiste sur le fait que si accord il y a, il faut que Rome reconnaisse la fsspx telle qu'elle est :

Citation:

Mais avec cette faculté de confesser accordée sans contrepartie, nous ne pouvons pas ne pas envisager la possibilité d'un mouvement unilatéral de la part de Rome. Même si cela nous paraît toujours impossible, nous faisons déjà savoir à nos interlocuteurs romains ce que nous entendons précisément par l'expression "nous reconnaître tels que nous sommes", qui est et reste la condition sine qua non de notre acceptation."


Et de même un peu plus loin :

Citation:
" Si on ne nous accorde pas l'entière reconnaissance de ce que nous sommes, il est inutile pour nous d'aller plus loin et il est important que Rome le sache"


Il est donc désormais une doctrine acquise et indiscutable : l'accord pratique se fera. Il faut seulement que Rome reconnaisse et respecte la fsspx telle qu'elle est.

Est-ce un mal ? Oui, absolument et c'est même gravissime.  La doctrine sous-jacente à ces affirmations est totalement relativiste, voire maçonnique. En effet, Mgr Fellay ouvre une porte à la pluralité de l'Eglise.  L'Eglise n'est plus une dans sa doctrine, sa foi et ses sacrements puisque la fsspx demande seulement à être acceptée telle qu'elle est.  Elle ne demande plus que les hommes d'Eglise se convertissent à la vraie Foi de toujours mais que ces mêmes hommes acceptent la fsspx telle qu'elle est.  Nous sommes désormais dans les conclusions logiques des décisions du chapitre de 2012.

C'est exactement ce que demande la franc maçonnerie ou tous les clubs libéraux à un nouvel adepte qui postule . "Vous êtes catholiques... c'est bien, nous respectons votre conscience et votre choix... En échange, nous vous demandons de respecter la conscience des autres membres et leur liberté.

Mgr Fellay, et la fsspx, prend cette pente diabolique. Même s'il prétend faire de l'apostolat dans ce zoo conciliaire, il accepte en soi la première règle de l'église conciliaire : la liberté de conscience, la pluralité "catholique" ( progressiste, charismatique, conservatrice), la tradition n'étant que l'aile droite de ce vaste zoo pluraliste.


Dans ce zoo pluraliste et conciliaire, Mgr Fellay ( et malheureusement beaucoup de prêtres de la fsspx désormais) croit pouvoir trouver des amis, des soutiens parmi des évêques et des prêtres.

Citation:
"Beaucoup cherchent une clarté et une stabilité qui fait tant défaut aujourd'hui dans l'église officielle"


Il termine ainsi son mot aux prêtres :

Citation:
"Dans l'extrême confusion qui se développe sous ce pontificat, beaucoup se posent des questions graves qu'ils ne se posaient pas il y a quelques années encore; cela semble être le début d'un tempus acceptabile (temps favorable) pour certains qui constatent maintenant que Mgr Lefebvre n'avait peut être pas eu tort d'accuser le concile et qu'il avait certainement eu raison de vouloir transmettre à ses prêtres ce qu'il avait lui même reçu" 

Ce temps favorable, sous la plume de Mgr Fellay, veut dire qu'il est temps de correspondre aux désirs de ces évêques "conservateurs" qui cherchent la clarté et la stabilité.  Et donc "...Allons dans l'église officielle pour faire du bien à ces pauvres évêques qui nous ouvrent tout grand les bras ..."

Moralité : Mgr Fellay et ses agents ne lâchent pas un iota de leur politique de ralliement.

Combien de catholiques de la Tradition vont-ils rejoindre le bon combat dans l'Union Sacerdotale ?

Courage ...

 

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« Nous reconnaître tels que nous sommes » ?

 

A la fin du « mot du supérieur général » (1er novembre 2015) du dernier bulletin Cor unum, Mgr Fellay donne quelques précisions aux membres de la Fraternité sur « la situation de l’Eglise et nos relations romaines ».

 

Bien des points seraient à commenter : « la sainte Eglise, malade, […] perdant chaque jour davantage son unité » (?) – « le pape […] se range plutôt du côté des progressistes » (vous croyez ?) – « la grâce de la fidélité à cette œuvre merveilleuse qu’est la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X »…

 

Relevons simplement ici ce qui nous paraît le plus important : Mgr Fellay, après avoir expliqué qu’« en juillet Rome a fait de nouvelles propositions pour une régularisation », affirme que « la condition sine qua non de notre acceptation » est l’expression « nous reconnaître tels que nous sommes ». Il en indique les « applications pratiques » : curieusement, il n’est question alors que de la messe et des sacrements (en résumé : « que Rome ne nous demande pas de participer à la nouvelle messe »), nullement des problèmes doctrinaux et de la nécessaire dénonciation des erreurs et des scandales.

 

La formule « nous reconnaître tels que nous sommes » ravive de douloureux souvenirs chez l’ancien du Barroux que je suis : Dom Gérard tenait le même langage en 1988, tout en insistant vigoureusement : « sans contrepartie, sans concession, sans reniement ». Et dans sa fameuse déclaration du 18 août 1988, il mettait les points sur les i : « Que nulle contrepartie doctrinale ou liturgique ne soit exigée de nous, et que nul silence ne soit imposé à notre prédication antimoderniste. » On sait, hélas ! ce qu’il est advenu de ces belles résolutions.

 

L’expérience nous enseigne que lorsque Rome dit : « On vous reconnaît tels que vous êtes », Rome pense en fait : « On vous reconnaît tels que vous serez », tels que vous allez, lentement mais sûrement, devenir (et peut-être pas si lentement). Rome prévoit avec raison qu’après un arrangement (qu’on lui donne le nom d’accord, de reconnaissance, de régularisation), le groupe qui s’est soumis à son autorité va évoluer ; surtout si l’évolution a déjà largement commencé… Rome sait bien que l’intégration des « intégristes » sera leur désintégration.

 

Prions pour que parmi les prêtres de la Fraternité, qui tous ont reçu ce texte de leur supérieur, quelques-uns au moins sauvent l’honneur, en s’opposant publiquement à cette dérive. Qu’ils aient le courage de dire bien haut : « Nous voulons rester tels que nous sommes, c’est pourquoi nous ne pouvons à aucun prix accepter que la Rome conciliaire nous reconnaisse tels que nous sommes. »

 

La vraie « condition sine qua non de notre acceptation », Mgr Lefebvre l’avait formulée de façon simple et lumineuse : que Rome recouronne Notre-Seigneur : « Quand on nous pose la question de savoir quand il y aura un accord avec Rome, ma réponse est simple : quand Rome recouronnera Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Conférence à Flavigny, décembre 1988.) En d’autres termes : que Rome le reconnaisse tel qu’il est : l’unique Roi, l’unique Dieu, l’unique Sauveur.

 

Nous en sommes bien loin aujourd’hui avec l’odieux syncrétisme du pape François, dont il a tout récemment donné une preuve supplémentaire par ses vœux de nouvel an.

 

Avant de « nous reconnaître tels que nous sommes », que Rome le reconnaisse tel qu’il est, lui, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

Père Bruno

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Par le geste de François, le retour de la FSSPX dans l'église conciliaire est jugé irréversible par un canoniste de la Rote Romaine

 

 

 

M. Fabio Aderno est connu pour être le plus jeune avocat du Tribunal apostolique de la Rote romaine; il a publié une analyse sur le site http://chiesaepostconcilio.blogspot.cl/2015/09/confessioni-valide-e-lecite-il-papa-e.html .

 

Dans son analyse, ce canoniste commente le geste du pape et affirme ceci :

 

" Aujourd'hui, donc, au-delà des objectifs de pacification doctrinales entre la Société (FSSPX) et le Saint-Siège, il est clair que non seulement la reconnaissance de la validité - mais aussi la licéité de l'administration du sacrement de la pénitence se présente comme un point de non-retour dans «la question Lefebvre", parce que, regardant par-dessus, la "relaxatio" (ie : l'assouplissement) de la discipline faite par disposition du pape "au cours de l'année de la Miséricorde", il est clair que nous avons déjà jeté les bases d'une reconnaissance concrète de la juridiction que la Fraternité a toujours pensé avoir en raison de l'état de nécessité et qui est conforme à l'esprit des normes générales du code de droit canonique et des principes fondamentaux de la théologie morale. "

 

 

En d'autres termes, et sauf rétractation de Menzingen, une confession faite à un prêtre de la fsspx peut être considérée désormais comme une confession faite à un prêtre de l'église conciliaire ou à un rallié.

 

Il n'y aura donc plus aucune raison pour un prêtre de la fsspx de dissuader un fidèle d'aller se confesser à un rallié.

 

Quant aux fidèles courageux qui ne veulent pas de cette juridiction conciliaire, ils devront attendre un peu ....

 

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[Bertille Perrin - Famille Chrétienne] Gérard Leclerc: «Pour le pape, les membres de la Fraternité Saint-Pie-X font partie de l’église»




SOURCE - Bertille Perrin - Famille Chrétienne - 2 septembre 2015

NOTE DE FRANCE FIDELE :
Le Journal "Famille Chrétienne" est un organe de presse dans la mouvance libérale,  pseudo conservatrice et conciliaire. Mais l'analyse de ce journaliste n'en demeure pas moins intéressante. Il note en effet que le pape François considère que la FSSPX fait bien partie de l'église.  Mais il ne note pas de quelle église la FSSPX fait partie : la conciliaire ou la catholique ? Mgr Fellay se refusant à faire cette distinction et réclamant à corps et à cri d'être reconnu par cette église conciliaire qu'il considère comme catholique, le piège vient donc de se refermer sur lui et sur toute sa congrégation qui peut être désormais considérée comme une partie à part entière et juridique de l'église conciliaire.
Les fidèles catholiques qui ne veulent pas de communion avec cette église conciliaire n'ont plus qu'à tirer les conclusions pratiques et douloureuses qui s'imposent.... la valise...


À l’occasion de l’Année de la miséricorde, le pape François a assuré que les fidèles qui recevraient le sacrement de réconciliation auprès des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X recevront de manière exceptionnelle « une absolution valide et licite de leurs péchés ». Analyse de Gérard Leclerc, journaliste et auteur en 2009 de Rome et les lefebvristes.
Quelle est la portée de ce geste du pape François ?
C’est un geste prophétique et performatif au sens où cela fait bouger de facto les choses. Le pape prend une initiative qui montre que, pour lui, les membres de la Fraternité Saint-Pie-X font partie de l’Église. Je pense qu’il veut comme forcer les choses en instaurant cette communion en dépit des désaccords : il nous oblige ainsi à aller au-delà du juridisme, pour cheminer vers la communion réelle.
Pour moi, le pape prêche le dénouement de la crise doctrinale en posant un geste très significatif qui touche le cœur même de l’action sacramentelle de l’Église.
Est-ce étonnant de sa part ?
Certains le disaient indifférent à ces chrétiens. Pourtant, je sais que le cardinal Bergoglio à Buenos Aires avait déjà fait un geste à leur égard, en affirmant qu’ils relevaient de l’Église catholique pour les sortir d’un problème administratif avec l’État.

Je note d’autre part que Benoît XVI, qui avait pourtant fait de grands efforts pour aboutir à une réconciliation avec la fraternité Saint-Pie-X, n’a pas été jusque-là.
La Fraternité Saint-Pie X a accueilli cette nouvelle avec bienveillance, quels bénéfices peut-elle en tirer ?
À entendre les propos de certains responsables de la Fraternité, il est évident que la hache de guerre n’est pas enterrée. Mais on peut supputer que la situation actuelle est tout de même pour eux incommode et anormale.


Plus qu’un désaccord intellectuel, c’est la substance même du rapport ecclésial qui est faussé : la plupart d’entre eux ont une forte conscience ecclésiale, tout en étant séparés de la communion romaine. La possibilité d’envisager la communion parfaite dans l’acte sacramentel doit être importante pour eux.

Bertille Perrin
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La course au ralliement

Texte paru sur DICI et La Porte Latine

 

A l’occasion de la Marche pour la vie de Washington (Etats-Unis), à laquelle il participait le 22 janvier 2016, Mgr Bernard Fellay a donné, la veille au soir, une conférence de presse sur le thème de la famille. En présence d’environ 200 personnes et suivi, en temps réel, sur Internet dans le monde entier, le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a répondu aux questions de James Vogel, responsable de la maison d’édition du district des Etats-Unis, Angelus Press.

DICI propose à ses lecteurs la traduction française des propos les plus significatifs tenus par Mgr Fellay, lors de cette conférence. Il y est question de l’avortement, de la situation de l’Eglise, des relations de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome et le pape François.



La Marche pour la vie

« Ce n’est pas une affaire nationale. C’est un combat mondial. Nous devons défendre les innocents, et cette bataille pour la défense des innocents n’est qu’une partie d’un très grand combat. (…)

« Ce qui est vraiment impressionnant, c’est de voir que cela se passe partout, dans tous les pays. Certains appellent cela ‘le progrès’, ils prétendent faire de belles choses alors qu’ils sont juste en train de détruire l’humanité. Et ils commencent cette destruction de la nature humaine au tout début de l’être humain, dans le propre ventre des futures mères. (…)

« Bien sûr, nous devons défendre ces innocents. Voilà pourquoi je suis ici, pour encourager tous ceux qui se sont impliqués dans ce grand combat. »



Confusion dans l’Eglise

« Il y a un mot qui résume bien la situation de l’Eglise, c’est celui de confusion. Et le dernier synode sur la famille a été l’expression de cette confusion. Ce qui s’est passé autour du document final du synode est tout à fait caractéristique. (…) Cela a abouti à un texte ambigu et au bout du compte, on ne sait pas quoi faire, quoi penser. Je crois que nous n’avons jamais été à ce degré de confusion dans l’Eglise. Plusieurs évêques progressistes ont exprimé des choses invraisemblables sur des notions fondamentales de morale, et ils n’ont pas du tout été repris par l’autorité qui les a laissé faire. A côté de cela, il y a des cardinaux, des évêques qui se sont dressés contre eux, ouvertement, publiquement. Cela aussi, c’est nouveau. Et nous pouvons nourrir l’espoir que c’est le début d’une vraie réaction, mais il est grand temps ! »



Des évêques contre des évêques

« Cette situation me rappelle le message de La Salette. La Très Sainte Vierge Marie a annoncé des temps difficiles pour l’Eglise : des évêques contre des évêques, des cardinaux contre des cardinaux. Et si vous regardez l’histoire de l’Eglise, jusqu’à maintenant, vous ne trouvez pas de pareille situation.

« C’est vraiment tragique. Comment les fidèles peuvent-ils s’y retrouver ? Et même si aujourd’hui, le Saint-Père venait à publier un document clair et précis, ce serait trop tard. Le mal est fait. Quand quelque chose est cassé, pour le réparer, cela demande beaucoup plus d’effort. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. »



La juridiction accordée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X pour confesser

« Ce n’est pas juste une délégation de pouvoir, c’est un pouvoir ordinaire d’entendre les confessions. En temps normal, ce pouvoir est accordé au prêtre par l’évêque. Mais, dans le cas présent, nous l’avons reçu directement du pape. C’est très rare mais il peut le faire.

« (…) Et cela implique aussi, nécessairement, que toutes les sanctions qui pesaient sur les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont levées. Les sanctions et la permission de confesser ne pourraient aller de pair, ce serait absurde. »

 

Les relations avec Rome

« Cela peut sembler difficile à comprendre, car le pape fait tant de reproches aux personnes qui insistent sur la doctrine, qui ne veulent pas que les choses changent… Mais il n’y a absolument aucun doute que le pape est personnellement impliqué dans notre dossier.

« Il nous connaît très bien et la façon dont il se comporte nous oblige à penser qu’il éprouve de la sympathie à notre égard… Cela peut sembler contradictoire ! Personnellement, je pensais vraiment que nous allions de nouveau être condamnés par Rome, mais c’est le contraire qui arrive. »



Le pape François et la Fraternité Saint-Pie X

« Il nous connaît depuis l’Argentine. Nous avons été en relation avec lui car nous avions des soucis administratifs. En Argentine, un concordat permet aux prêtres étrangers d’obtenir un permis de séjour à la condition que l’évêque du lieu l’accepte. Ce qui est, en soi, tout à fait normal. Evidemment, nous avions un problème avec un évêque local qui ne voulait pas de notre présence. Nous aurions pu demander une reconnaissance directement à l’Etat argentin, mais c’était hors de ques-tion : nous sommes catholiques et nous ne voulions pas être traités comme une secte. Alors, le supérieur de district d’Amérique du Sud a rencontré le cardinal Bergoglio pour lui exposer le problème. Sa réponse a été très claire : ‘vous êtes catholiques, c’est évident, vous n’êtes pas schismatiques ; je vais vous aider.’ Et il l’a fait ! Il a pris contact avec Rome, il a écrit une lettre en notre faveur au gouvernement qui, dans le même temps, recevait une missive de la nonciature disant exactement le contraire ! Et nous étions dans cette situation lorsqu’il a été élu pape.

« On lui a offert la biographie de Mgr Lefebvre, il l’a lue deux fois ! Ce qui ne se fait pas si l’on ne s’intéresse pas à ce sujet.

« Il dit souvent publiquement qu’il ne faut pas se renfermer sur soi, qu’il ne faut pas rester entre nous mais prendre soin de ‘la périphérie’, etc. Et il voit que c’est exactement ce que nous faisons. Nous allons chercher les âmes là où elles se trouvent, nous essayons de les aider, et je suis à peu près sûr que le pape voit tout cela et qu’il en est satisfait. Peut-être qu’il n’est pas content de tout ce que nous faisons, mais de cet aspect-là, oui.

« En Argentine, il a dit à nos prêtres ceci : ‘si vous voulez que vos enfants perdent la foi, envoyez-les dans les écoles du diocèse !’ Ce qui veut dire qu’il a parfaitement conscience de ce qui se passe. Il sait qu’il y a de gros problèmes dans l’Eglise, même s’il n’en parle pas beaucoup.

« Parfois, en l’observant, nous sommes perdus. Personnellement, je n’ai pas toutes les réponses, j’observe juste les éléments de sa personnalité. Il est inclassable, il est impossible de le placer dans une catégorie, il est tellement imprévisible. Mais, au bout du compte, en tant que pape, il a personnellement réglé notre situation en Argentine.

« La Fraternité Saint-Pie X a une relation étroite avec lui, un accès direct à lui, ce qui peut sembler fou dans la situation actuelle.



La régularisation canonique de la Fraternité Saint-Pie X ?

« Il est impossible de vous dire ce qui va se passer demain. Est-ce que nous allons être reconnus ? Sincèrement, je n’en ai aucune idée. Pourquoi ? A cause de la situation de l’Eglise ! A Rome même, certains veulent notre mort. Ils veulent que nous soyons condamnés ! Qui va l’emporter ? Le pape ou les autres ? Je suis navré de vous dire que je ne sais pas.

« Mais nous n’allons pas être paralysés par cette situation. Nous savons ce que nous avons à faire, alors nous continuons. Nous admettons que si certains éléments étaient acquis, comme la régularisation canonique, ce serait mieux. Il y a des discussions, il y a eu de nouvelles propositions, mais nous savons que nous avons des ennemis au sein du Vatican. Ce n’est pas nouveau.

« Nous demandons au Seigneur de nous éclairer sur sa Volonté parce que c’est cela qui compte : la Volonté de Dieu, la divine Providence. Jusqu’à maintenant, Dieu nous a protégés et il n’y a pas de raison pour que cela change dans l’avenir. »

 

 

Note du P. Bruno

 

La volonté de ralliement de Mgr Fellay est plus claire que jamais : « La régularisation canonique, ce serait mieux. » François « éprouve de la sympathie à notre égard ». Il est « inclassable » ? Trois ans de pontificat suffisent amplement pour le classer parmi les pires destructeurs de la foi, de la morale et de l’Eglise.

 

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Menzingen veut à tout prix faire le jubilé conciliaire..

 

Menzingen persévère dans sa volonté de fêter le jubilé; vous lirez ci-dessous une réponse très pertinente et théologiquement argumentée contre certains "arguments" spécieux de la maison générale (vous retrouverez le style de M l'abbé Célier)  et de ses adeptes qui essayent de convaincre les fidèles et les prêtres de suivre leur délire de ralliement. Ce document de 11 pages est une mine d'arguments qui répond à toutes les objections ... même les plus tordues..

 

Issue inéluctable ...

 

 

 

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=787303

 

 

 

Note de France Fidèle : Jacques Régis Du Cray est le porte parole officieux de Menzingen sur le forum "catholique".  Pour lui (et Menzingen), l'union avec la Rome conciliaire est désormais inéluctable... et ce n'est pas ce qu'il nomme de façon méprisante le "microcosme de la résistance" qui l'en empêchera...

 

Cher cousin,

Je suis ravi de vous lire sur ces sujets. Quelques-uns continuent à donner leurs avis, voire apportent leur contestation sur ce sujet de la régularisation qui semble tout de même assez évidente. Les responsables auront beau s’appeler Karol, Josef ou Jorge-Maria d’un côté, Marcel, Franz ou Bernard de l’autre, l’issue est inéluctable. Un moment, il ne sera même plus permis de choisir. Depuis trente ans, à mesure que les générations disparaissent, Rome régularise progressivement, avec des conditions toujours plus allégées. Nous avons même dernièrement franchi une étape. Alors que la Fraternité formulait jadis des requêtes, le pape a cette fois donné ce qui n’était même pas demandé. Certains y verront un piège. C’est un drôle de piège qui a surtout rendu une inestimable renommée à une petite Fraternité qui a ainsi occupé pendant des décennies une actualité pontificale inespérée ! Il y a peu d’œuvres auxquelles les papes ont consacré des lettres et des paragraphes entiers.

Sans doute y aura-t-il quelques déchirures parmi les fidèles français attachés à la Fraternité (la situation est plus simple aux États-Unis où la loyauté n’est pas en souffrance ou en Allemagne où le microcosme résistant est quasi-inexistant. Il faut dire que ces dernières années, deux visions se sont fait face, même si ce n’est pas dans des proportions équivalentes. La Fraternité était vue par ses supérieurs et la plupart de ses fidèles comme une matrice (ce que le cardinal Ranjith a appelé un « aiguillon » pour l’Église). Toute annonce permettant aux âmes de retrouver ici ou là le chemin de la messe ancienne ou le sens du catéchisme traditionnel était espérée et même saluée. C’est ainsi que la Maison Générale et Mgr Lefebvre lui-même se sont réjouis de l’indult de 1984. Mgr Fellay n’a pas fait autrement en 2007. Cela ne les a pas empêchés de garder la tête froide sur ce qui se passait ailleurs dans l’Église. Quand nous faisons des mini-accords pratiques (par exemple pendant trois jours à Lourdes), la Fraternité y vend-elle ou perd-t-elle son latin et ses convictions ?

La contestation a forgé une vision diamétralement opposée. Elle tend à confondre, dans une conception écôno-centrée, les contours de l’Église avec ceux de la FSSPX. Dès lors, toute expérience traditionnelle extérieure à la Fraternité, même partielle, sera perçue comme une défaite, comme un risque de concurrence, voire comme un piège visant à étouffer les jalons posés par Mgr Lefebvre. Le summum de cette conception est celui qui, en suscitant quelques phrases du fondateur, a décidé de se débarrasser du problème en décrétant comme hors de l’Église (la véritable) toutes ces expériences ainsi que toute réalité étrangère à la Fraternité, qu’ils ont rassemblé sous le terme d’Église conciliaire. Il est bien évident que les supérieurs, même ceux qui faisaient montre de la plus grande fermeté n’ont jamais dénié aux dicastères romains leur qualité d’organe hiérarchique sous prétexte qu’ils auraient été une émanation de la fausse Église. De même ont-ils toujours reconnu les évêques, aussi scandaleux fussent-ils, comme successeurs des apôtres, avec pouvoir de juridiction.

Vous voyez dans cette opposition de l’orgueil. Il y a surtout une gigantesque peur. La crise de l’Église la rend bien compréhensible. Elle paralyse toute modification des habitudes, laquelle sera inévitablement taxée de présomptueuse et dangereuse. Pourtant, en partant pour la Chine hostile, saint François-Xavier aurait pu se dire orgueilleux, de même que les disciples lorsqu’ils ont quitté chacun de leur côté le Cénacle au jour de la Pentecôte auraient pu imaginer qu’ils se feraient contaminer par le monde mauvais. Ils n’ont pas agi ainsi.

 

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Un document révélateur des véritables dispositions de Menzingen. A diffuser..
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Mgr Fellay nommé juge par Rome ?

Vrai ou faux ?



Source Non Possumus

Traduction française pour Reconquista (merci de mentionner la source)

Le dimanche 10 mai 2015, Mgr Fellay était à Arcadia, en Californie. Voici l'enregistrement de ce sermon, ainsi que la transcription d'un passage, puis la traduction de cette transcription. 

Vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=T6pas3XWM8w

(Min. 34:36) 

We are dealed with now as being irregular, at best.  Irregular means you cannot anything and so for an example they have prohibited us from saying Mass in the churches in Rome, for the Dominican sisters who had their pilgrimage in Rome in February, they say "no  you cannot because you are irregular".  And these people say that, they are people Ecclesia Dei. Now, sometimes, unfortunately, also priests do serious things, and they need to be punished, and when it is very very serious, we have to make recourse to Rome, so we do.  And what does the Congregation of the Faith do?  Well, they did appoint me as the judge for this case.  So I was appointed by Rome, by the Congregation of the Faith to make judgements, canonical Church judgements on some of our priests who belong to the non-existent Society for them and so once again a beautiful contradiction indeed.

Traduction française: 

Maintenant, nous sommes considérés comme irréguliers, au mieux. Irrégulier signifie que vous ne pouvez rien faire, et du coup, par exemple, ils nous ont interdit de célébrer la messe dans les églises de Rome en février, pour le pélerinage des dominicaines en février; ils disent: "non vous ne pouvez pas, car vous êtes irréguliers". Et ces gens disent ça, ce sont des gens d'Ecclesia Dei. Maintenant, parfois, malheureusement, des prêtres aussi font des choses graves, et ils doivent être punis, et quand c'est très, très sérieux, nous devons recourir à Rome, et donc nous le faisons. Et que fait la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ? Bien, ils m'ont nommé comme juge dans ce cas. Donc j'ai été nommé par Rome, par la Congrégation de la Foi pour prononcer des jugements, des jugements canoniques d'Eglise pour certains de nos prêtres qui appartiennent à une fraternité qui, pour eux (Rome), n'existe pas, et nous avons donc bien sûr une fois de plus une belle contradiction. 



Commentaire de Reconquista:

Nous ne nous livrerons pas à un long commentaire de ce nouveau fait, réservant à un prochain article le soin de synthétiser divers rapprochements récents. Quelques remarques cependant: 


  1. Nous nous interrogeons sur ce que Mgr Fellay considère comme très grave. S'agit il uniquement de fautes contre la morale, ou bien la "rébellion contre l'autorité", la correction de fautes d'orthographe dans lettre anonyme, ou l'envoi de mails privés désapprouvant la politique de la maison Générale rentrent ils dans cette catégorie de choses très sérieuses ? Le sacre épiscopal sans mandat romain est il une chose très grave pour Mgr Fellay ?
  2. L'usage du nouveau Code dans les procès canoniques ou "administratifs" de la FSSPX n'est il pas lié à cette "promotion" de Mgr Fellay comme juge romain ? En effet, pour que le procès soit reconnu par Rome, il semble normal que le code utilisé soit celui en vigueur à Rome...
  3. Si la juridiction de Mgr Fellay est reconnue pour des choses graves, pourquoi ne le serait elle pas pour les choses moins graves ? 
  4. Jusqu'à présent, la juridiction de la FSSPX n'était pas reconnue, du moins en théorie; ainsi des mariages ont été déclarés nuls, car contractés devant un prêtre de la Tradition. Il en était vraisemblablement ainsi pour les jugements pénaux, bien que nous n'en connaissions pas d'exemple. Maintenant, du moins en matière pénale et pour des affaires graves, la juridiction de la FSSPX est reconnue par l'Eglise officielle, et Mgr Fellay tient son pouvoir judiciaire -du moins dans ces cas- de Rome... N'y aurait il pas là, dans un domaine restreint, un "accord pratique", une "reconnaissance unilatérale" ? 
  5. Ne s'agirait il pas d'une "reconnaissance à la chinoise" (pour résorber le schisme de "l'Eglise populaire", le pape nomma les évêques populaires aux sièges qu'ils détenaient et valida leurs actes pour qu'il y ait le moins possible d'opposition entre les deux églises) ? Rome est en train de reconnaitre la FSSPX dans certains domaines (ces jugements) fait des approches dans certains lieux (Buenos Aires)....
  6. Nous savions que, d'après l'abbé Anglès (canoniste de la FSSPX) le nouveau code était utilisé pour les procès en nullité de mariage pour "créer des ponts" avec Rome; il semble qu'il en aille maintenant de même pour les procès pénaux. 


Nous avons là un exemple de la technique des "petits pas" préconisée par les fondateurs de l'Europe. Elle est décrite sur tous nos chèques européens: 
"l'Europe ne se fera pas d'un seul coup ni dans une construction d'ensemble; elle se fera par des réalisations concrètes créant une solidarité de fait"
remplacez l'Europe par l'accord, et vous aurez la recette que nous préparent certains ecclésiastiques romains, valaisans ou teutons ...


Entretien avec Mgr Fellay : "Une oeuvre d'Eglise"

 

Présent du 27 juin 2015

C’est à l’occasion de la cérémonie de bénédiction des cloches de la chapelle de l’école
Saint-Michel de La Martinerie
, à Châteauroux, que Mgr Fellay 
a fait pour "Présent"
un point sur la situation de la
Fraternité Saint-Pie X.

 

Note du père Bruno

            Ce texte du supérieur général de la Fraternité se passe de commentaire. Il est clair que la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 n’a pas été rétractée.

Relevons simplement que Mgr Fellay affirme que le pape François « nous [= Mgr Fellay et la Fraternité] considère bien comme catholiques », mais que lui-même ne considère pas la « résistance » comme catholique. Nous ne lui avons d’ailleurs point demandé son approbation ni son « sceau ».

Précision quant à l’avant-dernière question : le cardinal Sarah est le préfet de la Congrégation du Culte. Il a dit qu’il serait souhaitable qu’on insère en annexe d’une prochaine édition du missel l’offertoire du rite traditionnel « afin de souligner que les deux formes liturgiques [= la vraie messe et la « messe bâtarde »] s’éclairent mutuellement, en continuité et sans opposition ». Mgr Fellay en est « heureux ».

A lire ce document, on se dit que le fruit est vraiment mûr…



Droit de réponse des pères dominicains au sujet du communiqué de l’abbé Bouchacourt

publié sur le site de La Porte Latine le 1er juillet 2015, puis dans Fideliter nº 227, septembre-octobre 2015, p. 62-63

 

( Note de France Fidèle : Puisqu'il est très probable que ce droit de réponse ne sera pas publié sur La Porte Latine et dans la revue Fideliter qui ont publié ces mensonges sur les pères dominicains, le site France Fidèle le publie pour faire connaître la vérité aux catholiques de la tradition.

 

On lit dans le communiqué : « Au cours de conférences, dans des publications et sur leur site internet, ils [les pères dominicains du Couvent d’Avrillé] accusent les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X d’abandonner le bon combat de la foi pour entraîner cette dernière vers un accord à tout prix avec les autorités romaines. » C’est inexact. Notre désaccord avec le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X vient de ce que ce dernier est prêt à un accord pratique avec des autorités qui professent toujours les erreurs conciliaires. De 1988 à 2012, la Fraternité a tenu ce sage principe : « Pas d’accord pratique avec Rome sans un accord doctrinal préalable ». Ce principe a été encore clairement affirmé par le chapitre de 2006 : « Les contacts que [la Fraternité] entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition, que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible ”accord” purement pratique. » En mars 2012 Mgr Fellay a annoncé qu’il abandonnait ce principe (en affirmant : « il ne s’agit pas là d’un principe, mais d’une ligne de conduite »). Cet abandon a été cautionné par le chapitre de juillet 2012. Depuis, malgré de nombreuses instances, Mgr Fellay a refusé de revenir à l’ancien principe. Le 31 mai 2015, nous écrivions à l’abbé Bouchacourt : « C’est parce que nous voulons garder ce principe – qui est le testament de Mgr Lefebvre – que vous vous apprêtez à nous condamner. Ou plutôt que Mgr Fellay s’apprête à nous condamner de nouveau par votre bouche. »


On lit dans le communiqué : « Les dominicains d’Avrillé sont incapables de montrer quels sont les actes posés par le Supérieur Général qui manifestent que “Menzingen est en train de trahir le combat de la foi” ». Les mots entre guillemets nous sont attribués à tort: nous n’en sommes pas les auteurs (voir Le Sel de la terre 92, p. 141). Ce que nous disons, et c’est évident d’après le nº1, c’est que Menzingen a changé de ligne de conduite dans ses rapports avec Rome, entraînant la perte de confiance d’une grande partie des traditionalistes.
Le communiqué nous reproche d’avoir publié une « correspondance confidentielle échangée avec Mgr Fellay » dans Le Sel de la terre 89, p. 215-220. Il suffit de se reporter au texte publié pour voir qu’il n’y a pas de confidentialité dans ces lettres. Mgr Fellay nous interdisait toute collaboration avec la Fraternité Saint-Pie X, nous privait d’ordinati­ons et de saintes huiles. Il était normal que nous fassions savoir les raisons sur lesquelles il prétendait s’appuyer et aussi que la rupture venait de son fait et non du nôtre.

 

On lit dans le communiqué : « La seule raison invoquée pour justifier cet acte [la consécration épiscopale de Mgr Faure] repose sur l’accusation sans preuve que la Fraternité Saint-Pie X aurait abandonné le combat de la foi. » C’est inexact. Nous avons exposé plusieurs raisons objectives graves qui justifient la consécration épiscopale de Mgr Faure (voir Le Sel de la terre nº 92, p. 139-170, et nº 93, p. 200-208), et notamment le fait que Mgr Fellay refuse les ordinations et même les saintes huiles (nécessaires pour plusieurs sacrements, en particulier l’extrême onction) à notre communauté et à plusieurs autres qui ne partagent pas la nouvelle politique mise en place en 2012.


Le communiqué s’appuie sur des propos tenus par Mgr Lefebvre, lors d’une réunion à Écône le 4 juillet 1988 : « Nous n’avons jamais voulu d’une organisation de la Tradition ni d’une présidence d’une telle association ; mais il n’en reste pas moins que de facto la Fraternité est la colonne vertébrale de la Tradition, son instrument providentiel, sur lequel doivent s’appuyer toutes les initiatives de Tradition.» Comme le disait Mgr Lefebvre, il s’agissait d’un fait (de facto) et non d’un droit. Ce fait aurait pu perdurer encore longtemps, si Mgr Fellay n’avait pris l’initiative de briser l’unité de la Tradition en changeant la ligne de conduite vis-à-vis de Rome et en excluant Mgr Williamson du chapitre de 2012, puis en l’expulsant de la Fraternité parce qu’il n’approuvait pas ce changement de ligne de conduite.

 

On lit encore : « Ce communiqué veut rétablir la vérité. » En même temps, il nous accuse de « propager et entretenir la défiance vis-à-vis des autorités », de « dénigrer l’autorité du successeur de Mgr Lefebvre », de « créer une dialectique entre les membres de la Fraternité et leurs supérieurs », de « manœuvres subversives », d’être « les complices d’une œuvre néfaste », de « porter un préjudice grave au bien commun de la Tradition », cela par des « prises de position répétées », d’installer « la méfiance, la division, l’esprit de parti et de dénigrement », « d’accusations mensongères », « de semer le doute et la division dans les rangs de la Tradition et d’affaiblir ses forces » par des « menées subversives ». Excusez du peu…

 

La vérité, c’est l’adéquation avec la réalité. Aussi devant « tant d’accusations mensongères », nous nous contenterons de dire aux lecteurs du communiqué : « Venez et voyez. » Lisez nos publications (Le Sel de la terre, La Lettre des Dominicains d’Avrillé) et voyez si ce qui s’y trouve est conforme à la description mélodramatique du communiqué. La réalité, c’est que, malgré la divergence avec le supérieur général du fait de sa nouvelle politique romaine, nous restons amis de la Fraternité, autant qu’il dépend de nous, et souhaitons qu’elle surmonte la crise qu’elle traverse depuis 2012.

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D'une trahison à l'autre 


Le parjure, la trahison et la honte

 

« L’Histoire brûle les hommes. Après, il faut recueillir les cendres et raconter » 

(Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc – « Les champs de braises »)

 

            Du navire bondé de légionnaires et de parachutistes, en cet automne 1954, un haut-parleur annonça que l’on apercevait les côtes de France. Bientôt le port de Marseille fut en vue. Mal réveillés, ils montèrent tous sur le pont, serrés les uns contre les autres, appuyés à la rambarde. Le paradis dont ils avaient tellement rêvé dans les camps de prisonniers du Vietminh approchait lentement et déjà ils n’en voulaient plus. Ils rêvaient à un autre paradis perdu, l’Indochine… terre qui avait bu, plus qu’aucune autre leur sang. C’est à elle qu’ils pensaient tous à présent. Ils n’étaient pas les fils douloureux qui s’en revenaient chez eux pour faire panser leurs blessures, mais des étrangers. En eux remontaient des aigreurs.

            Ils se souvenaient avec colère et amertume de ces tonnes de médicaments régulièrement adressées au Vietminh par l’Union des Femmes Françaises (1) et leur indignation ne résultait pas de ce que l’ennemi recevait de la Métropole des colis de pénicilline, mais du fait que chaque jour des soldats français mouraient faute d’en posséder…

            En 1950, à Orange, un train de blessés d’Extrême-Orient avait été arrêté par des communistes qui avaient injurié et frappé ces hommes sur leurs civières. Un hôpital parisien qui demandait du sang pour les transfusions sanguines spécifiait que ce sang ne servirait pas pour les blessés d’Indochine. On avait refusé à Marseille, dont ils apercevaient maintenant Notre-Dame de la Garde, de débarquer les cercueils des morts…

On les avait abandonnés, comme ces mercenaires soudains inutiles que Carthage avait fait massacrer pour ne pas payer leur solde.

Des souvenirs terribles les hantaient… Ceux de ces partisans qu’ils avaient juré de ne jamais abandonner… Et parmi eux, la vision de ce vieux chef guerrier qui avait rallié sous le drapeau tricolore dix mille de ses hommes… alors que Diên-Biên-Phu était tombée et que tout allait mal dans le delta tonkinois. Il avait alors demandé aux officiers français s’il était vrai que la France allait livrer le Tonkin au Vietminh car rien n’avait été prévu pour replier ses partisans et leurs familles. Les divisions viets déferlaient sur le Delta. Le système de défense cédait peu à peu. Tout reposait sur ce vieux chef et sur ses hommes qui, connaissant admirablement le terrain, étaient à même de repousser mieux que quiconque les assauts des communistes.

            Alors les officiers français lui mentirent et lui assurèrent que jamais ils ne le laisseraient tomber. Il eut foi en leur parole. Ses partisans restèrent à leur poste et continuèrent à se battre jusqu’au bout alors qu’ils étaient submergés. Pendant ce temps l’armée française prépara la défense de Hanoi et de Haiphong et elle n’évacua personne. Le vieux chef fut pris par les communistes. Ils le torturèrent jusqu’à ce qu’il agonisât puis ils lui tranchèrent la tête. Les survivants parmi ses partisans subirent le même sort…

            Et, le visage tendu, les mâchoires crispées, ils se souvenaient aussi de tous ceux à qui ils avaient affirmé qu’ils resteraient toujours et en particulier les catholiques… Ils essayaient de gagner à la nage les bateaux en partance pour la France… Combien de ceux-là périrent noyés ?

            Plus tard, ces visions de cauchemar hanteront de nouveau ces hommes-là… Eux, les anciens d’Indochine, eux, les officiers qui représentaient la France dans ce pays, l’Indochine, ils la burent jusqu’à la lie. Ils connurent la défaite et l’abandon. Leur parole qui était celle de la France, ils la renièrent mille fois dans cette guerre et ils en étaient couverts de honte. Les images qui s’entrechoquaient dans leur mémoire les harcelaient sans trêve… Des familles entières menacées d’extermination par le Vietminh s’accrochaient désespérément aux ridelles des camions et, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Sept ans plus tard, ces mêmes visions apocalyptiques ressurgiront quand l’armée française abandonnera dans la honte et le déshonneur les Musulmans fidèles à la France.

Le Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc écrira dans « Les champs de braises » : « La plupart des Vietnamiens ne disent rien. Ils nous regardent simplement. Nous avons honte. Ils nous auraient tués à ce moment-là que nous aurions trouvé cela juste. L’un d’eux me dit : « Alors, mon capitaine, vous nous laissez tomber ? » Je ne réponds rien ! » … « Les centaines d’hommes et de femmes à qui, au nom de mon pays et en mon nom, j’avais demandé un engagement au péril de leur vie, nous les avons abandonnés en deux heures. Nous avons pris la fuite comme des malfrats. Ils ont été assassinés à cause de nous »…

            Sur cette tragédie –conséquence à ses yeux d’un parjure- qui le traumatisera jusqu’à la fin de ses jours, il ajoutera : « La simple évocation de ces souvenirs suffit, cinquante ans après, à troubler mon regard et faire trembler ma main. »

Une fois la victoire acquise, les communistes lamineront le pays, faisant la chasse aux « collaborateurs », c'est-à-dire, ceux qui avaient pactisé avec les soldats français. Pour eux, point de pitié. Une mort atroce les attendait…

Alors, quand en Algérie, le même processus s’engagera ; quand les officiers français se retrouveront coincés dans le même système, quand les harkis risqueront de connaître le même sort que leurs partisans indochinois… ils s’engageront… mais cette fois, personnellement, parce que le pouvoir sera trop faible, trop lâche pour tenir ses engagements. Après, plus question de partir, ce sera terminé pour eux. Ce ne sera plus la parole de la France ; ce sera la leur ! Et pour beaucoup de soldats, ce sera un engagement solennel : « La mort plutôt que le déshonneur ».

… Et c’est cet engagement qui poussera à la révolte, en avril 1961, des soldats valeureux refusant le parjure, la trahison et la honte. Ils abandonneront ainsi leurs uniformes, sacrifieront leur carrière, seront séparés de leur famille parfois durant de longues années, connaîtront la prison, l’exil, le sarcasme de leurs vainqueurs et de ceux qui n’avaient pas osé, des poltrons, des lâches et des traîtres pour être restés fidèles à leur serment et à leur idéal.

Le temps passera, l’oubli viendra, les légendes fleuriront, mais jamais assez l’Histoire ne mesurera la grandeur de leur sacrifice.

 

José CASTANO

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LE GOUVERNEMENT DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES PAR LE RP VALUY (SJ) ou la question d'un détournement de l'autorité.

Le RP Valuy est un Jésuite célèbre pour ses  écrits et non moins vénérable. Il a traité de cette question importante du gouvernement des communautés religieuses. La crise que traverse l'Eglise est certes et avant tout une crise de la Foi mais aussi et logiquement une crise de l'autorité puisque c'est par l'autorité que satan a sapé l'Eglise. Il importe donc d'avoir une juste idée de l'autorité et de connaître ses abus.

De la Prudence chez un supérieurs (extrait du livre du RP Valuy)


Telle est maintenant la marche tortueuse de la politique mondaine : feindre des vues et des sentiments qu'on n'a pas, afin de faire prendre le change ; avoir une chose à la bouche et une autre dans le cœur; parler d'une façon et agir de l'autre; dans les récompenses et les punitions, se servir d'un faux poids et d'une fausse mesure ; cacher une haine véritable sous les dehors de l'amitié ; s'insinuer dans les esprits par de basses flatteries ou des caresses artificieuses ; s'épuiser en belles pro­messes, à dessein d'exploiter la crédulité de ceux qu'on abuse et d'obtenir d'eux ce qu'on prétend ; faire de prétendues confi­dences pour arracher un secret ; s'exprimer en termes équi­voques, comme pour se réserver le droit de sévir ou de blâmer, quelque parti qu'on prenne. Cette politique cherche en toutes choses ses intérêts individuels, qu'elle n'hésite jamais à préférer aux intérêts publies. Pour servir ses desseins ambitieux, elle emploie indifféremment toute sorte de moyens: dissimulation, perfidie, hypocrites apparences de probité et de zèle, sacri­lège abus de ce qu'il y a de plus saint et de plus vénérable. Sa maxime est qu'il ne faut point être esclave de la vertu, qu'on peut en prendre le masque lorsque les convenances l'exigent, mais qu'on doit savoir la sacrifier au besoin; et son habileté est de disposer les voiles de son navire selon la direction du vent ou le souffle de la fortune, d'entrer dans le mal sans pa­raître sortir du bien, de couvrir l'iniquité du manteau de la justice ou du prétexte du bien publie. Faut-il tirer vengeance des injures personnelles, ruiner ou écarter ceux qui peuvent faire ombrage, ou dire hardiment la vérité? Faut-il s'entourer de flâneurs ou de lâches toujours disposés à applaudir à-ses passions, à ses injustices? Faut-il donner les charges à ceux qui ne les exerceront que selon ses vues, les vendre même au plus offrant, et abandonner le peuple à leurs exactions et à leurs rapines? Elle est prête à tout, et elle a toujours des plumes et des voix à gage pour vanter ceux qu'elle veut élever, et dénigrer ceux qu'elle veut abattre. A l'en croire, les mé­chants sont mieux avisés dans l'exercice de l'autorité que les bons, comme si la malice était la prudence, et que la raison pût être saine où la vertu n'est pas. Elle nourrit des divisions pour rendre son intervention nécessaire, ou pour se mettre en état de maîtriser les deux partis avec plus d'empire ; et comme Tertullien l'affirme des démons, elle fait des maux pour paraître les guérir quand elle ne les envenime pas. Elle donne ses terreurs simulées pour de justes craintes et ses rêves pour des réalités, et, sous ce prétexte, elle exerce la violence comme si elle était dans les conditions d'une juste et indispensable défense. Appauvrir, abrutir, se parjurer, abroger les assem­blées nationales ou les acheter : tout lui est bon pour régner et se grandir.

Quoique le lot trop ordinaire des États, cette politique pourrait cependant, sous une forme adoucie, s'introduire dans les communautés ; et les Supérieurs, non moins que les rois, ont à se prémunir contre elle : car, puisque l'ensemble de ses manœuvres n'est, au fond, que la prudence de la nature corrompue, et que la nature corrompue tend sans cesse à s'in­sinuer dans nos actions même les plus louables, s'ils ne veillent habituellement sur eux , ils ne manqueront pas d'agir, du moins quelquefois sous l'influence des maximes de cette détestable politique.

Qu'il nous suffise d'exposer l'application plus ou moins déguisée qu'on serait tenté d'en faire dans le gouvernement religieux.


Quelques traits de politique mondaine dans le gouvernement religieux.


S'imaginer qu'on peut traiter toutes les affaires spirituelles et temporelles sans le secours de son conseil, comme si l’on renfermait dans sa tête toutes les lumières, ou que tout reli­gieux consulté fût dépourvu de sens commun ou l'antagoniste né des idées et des projets du Supérieur.

Ne pas réunir les consulteurs aux époques voulues ; n'ap­porter au conseil que des questions sans importances perdre à dessein un temps qui, sans cette diversion; serait employé à des discussions qu'on a intérêt d'écarter : en termes équiva­lents, décider seul et par soi-même les points majeurs, ci prendre minutieusement les avis sur des bagatelles.

En arrivant à la supériorité qu'on convoitait, se hâter d'appeler ses amis, changer les consulteurs, donner les emplois importants à d'autres religieux; faire, comme on dit maison neuve, et tenir à distance le Supérieur déposé et ceux qui lui étaient attachés.

Choisir, pour officiers subalternes, des hommes sans initia­tive, incapables de se décider sur rien par eux-mêmes, afin de les plier à toutes ses idées particulières, même dans ce qui est de leur ressort, et d'exercer ainsi une autorité sans limites. Faire sortir de la maison ou du conseil, refuser d'avoir pour ministres, consulteurs ou admoniteurs, les religieux pleins de vertu et de courage qui pourraient réclamer contre des abus d'autorité, les suivre de près ou les séparer, pour leur ôter les moyens de s'entendre dans un but d'utilité générale; intercepter des lettres adressées aux Supérieurs majeurs, ou donner à ceux-ci des préventions contre les dénonciateur, en écrivant à temps contre eux et en présentant les faits sous un jour favorable à sa cause.

De peur que les inférieurs, apercevant le vice trop manifeste de la conduite du Supérieur, ne fassent éclater de justes plaintes et ne recourent enfin aux mesures légitimées par la nécessité ou déterminées par l'institut, les surcharger de travaux comme autrefois Pharaon les Hébreux, ou les tenir perpétuellement occupés dans des ministères extérieurs loin de là maison.

Pour ruiner l'influence de ceux qui pourraient s'opposer aux actes arbitraires ou dont la régularité serait un reproche vivant, et montrer ainsi à la communauté ce qui l'attend si elle s'avise d'élever la voix, les humilier dans l'occasion, trai­ter avec dédain tout ce qu'ils font et disent, leur imposer si­lence, les tenir bas ci loin des emplois de confiance.

Dans la crainte de donner l'éveil, et afin que les inférieurs ne puissent ni confronter la manière de faire du Supérieur avec ses obligations, ni s'élever eux-mêmes à des vertus qui feraient avec ses défauts un trop choquant contraste, ni prou­ver le texte en main, que tel point a été ajouté à la règle et que tel autre en a été retranché, distraire à dessein de l'étude et de la lecture de l’institut, diminuer le nombre des exhorta­tions domestiques ou les faire sur des sujets insignifiants, laisser la ferveur se refroidir, l'esprit religieux s'éteindre peu à peu, d'un côté en fermant les yeux sur les négligences, de l'au­tre en épargnant les secours spirituels.

Pour se perpétuer dans la supériorité et rendre le succes­seur impossible, capter la bienveillance de personnages in­fluents qu'une déposition consisterait ou indisposerait contre la communauté, contracter des dettes auxquelles on saura seul trouver le moyen de satisfaire, entreprendre des constructions ou des œuvres de zèle que nul autre ne pourra conduire à bonne fin.

Se ménager à propos des triomphes pour rehausser son mérite et se rendre nécessaire, en n'arrêtant que mollement certaines oppositions venues du dehors, ou en les feignant plus grandes qu'elles ne sont en effet.

Mettre à dessein sur le lapis ou ne pas interdire certaines questions ardentes, scientifiques ou politiques; pour détourner l'attention et opérer, dans les esprits indignés et scandalisés de la manière de vivre ou de gouverner du Supérieur, une heureuse diversion; ou bien encore, ne pas éteindre d'abord des divisions nées entre deux religieux, pour les dominer plus aisément ou pour trouver l'occasion de relever son autorité par un coup d'état, les abattant l'un et l'autre en leur attribuant publiquement un tort égal, au lieu de condamner hautement le coupable, ou cherchant à se les attacher tous les deux en donnant à chacun en particulier raison contre son adversaire, au lieu de travailler à les réconcilier.

Lorsqu'un religieux,, dans un emploi, une classe, une résidence, commence à être environné de la considération et de la confiance, bien qu'il tourne les cœurs vers Dieu et qu'il n'use de son ascendant et de son crédit que dans l'intérêt commun, le remplacer par un autre, sous prétexte qu'il affaiblit l'autorité et diminué l'influence du Supérieur, mais en réalité parce qu'on veut éclipser ses inférieurs et écarter ceux dont le talent fait ombrage. Eh ! c'est précisément alors qu'il faudrait continuer le religieux dans son emploi, le laisser dans celle classe, cette résidence, puisqu'il y fait ce qu'il y doit faire et qu'on lui adresserait de justes reproches s'il ne le faisait pas.


Quand on a l'intention de se débarrasser d'un sujet ou de le ruiner dans l'opinion de ses frères, au lieu de prévenir et d'enlever les occasions dans lesquelles il a coutume de dire ou de faire, des choses compromettantes, faire naître ces occasions et l'attirer perfidement dans le piège, par exemple: mettre la désunion entre lui et les autres religieux en répétant des paroles confidentielles, l'exposer volontairement dans des circonstances critiques, lui confier des emplois au-dessus de ses forces où il ne manquera pas d'échouer, lui imposer un ordre ou lui faire un reproche qui blessera au vif sa sensibilité et provoquera: de sa part des réponses offensantes ou des actes d'insubordination.


Transmettre à froid  au Supérieur majeur un fait blâmable ou une parole dite contre lui, sans autre profil que de se faire bien venir et de montrer son dévouement ; réunir tous les torts du passé et tous ceux du présent, et en faire un faisceau pour accabler un sujet, tandis qu'on sollicite avec ardeur son changement, redoubler à son égard ses offres de service et ses protestations d'attachement.


Avoir pour maxime gouvernementale que la sévérité est préférable à la douceur ; qu'un Supérieur doit faire observer rigoureusement tous les points de discipline, sans s'occuper de dilater les cœurs et d'accorder les privilèges nécessaires ; et que, pourvu que la machine fonctionne, peu importe qu'elle crie faute, d'huile, s'use en pure perte et menace de voler en éclats. Conformément à ce système, frapper quelquefois un grand coup sans raison valable, pour inspirer la crainte; punir un sujet  à l’improviste, sans l'avertir ni le préparer, sans adoucir le coup, de manière à le laisser terrassé et hors d'état de faire entendre sa défense ; n'hésiter pas dans l'occasion à blesser la charité et la justice pour accroitre ou rétablir son autorité, sous le spécieux prétexte que le bien général le demande et que dans un corps il faut à tout prix sauver la tête ; exercer ainsi sur la communauté une sorte de despotisme, en apparence pour, la conduire plus efficacement à la perfection, et au fond pour la dominer au gré de son orgueil et de ses caprices, et pour s'épargner la peine d'employer les voies, plus pénibles à la nature et à l’ amour-propre, de l'insinuation et de la douceur.


Sous prétexte que les inférieurs sont des esprits étroits ou des cœurs ingrats, qu'il est impossible de les gagner par des avances et de faire tomber leurs préventions, en prendre son parti et vivre avec eux dans une sorte d'indifférence, sans les honorer jamais d'une parole gracieuse , d'une prévenance ou d'une confidence; se chercher, parmi les séculiers, des amis, des conseillers ; avoir le cœur fermé au dedans et ouvert au dehors, laissant entendre que si la communauté refuse l'affection et l'estime, on trouve amplement de quoi se dédommager ailleurs.


Ménager ses faveurs, les faire attendre, les accorder en détail pour les faire mieux sentir, désirer, apprécier; abuser les simples par des offres et des promesses trompeuses; revenir sur des permissions accordées; singer la candeur et le dévouement, et n'être au fond qu'un politique masqué et un égoïste sans charité: s'applaudir en secret de son talent de faire des dupes, et croire que ici est l'art de bien gouverner.


Avec un cœur parcimonieux affecter la libéralité ; annoncer beaucoup et donner peu; ressaisir dans une circonstance ce qu'on a paru prodiguer dans une autre; déverser le blâme sur certains traits d'avarice, faire ressortir avec une sorte d'ostentation ce qu'on procure à la communauté et aux individus, afin de mieux cacher le système d'économie sordide qu'on a adopté.


Se contenter du masque de la piété; en imposer par des dehors mensongers; déguiser le désordre de l'intérieur sous le voile d'une régularité purement extérieure; débiter les maximes de la plus haute perfection, dont on a retenu la lettre sans en prendre l'esprit.

Attendu qu'il est impossible de contenter tout le monde, et qu'un Supérieur est inévitablement blâmé par les fervents ou les tièdes ; les prudents ou les téméraires, les doux ou les sévères, tourner selon les vents, adhérer au parti le plus fort contre le plus faible, reculer devant certaines réformes, pactiser avec le relâchement, s'abandonner soi-même au courant des coutumes abusives , aimant mieux contrister les bons religieux et déserter le drapeau de la perfection que de lutter contre le mal et de perdre la laveur du grand nombre.

Combien les maximes le. la politique mondaine sont opposées à celles de l’Évangile, et combien le despote qui les suit diffère du bon prince.


La politique mondaine dit: Tout est bon, pourvu qu'on réussisse; la fin et le succès justifient les moyens. L’Évangile dit : « C'est un crime de faire le mal, même pour obtenir un bien. » (Ad Rom,III)

La politique mondaine dit : Tout pour soi, chacun pour soi. L’évangile dit: « Que chacun cherche non ses intérêts indivi­duels mais les intérêts des autres. » (Ad Philip,III),

L'une ose tenir ce langage : Mentez, dissimulez; trompez. L'autre répond ; « Déposez toute malice, toute ruse, la dissimulation et la jalousie; soyez comme des enfants qui viennent de naître. » (I. Pet. II)


Celle-là trace cette règle à ses adeptes : Abattez, écrasez, ex­ploitez ; mieux vaut être craint qu'aimé. Celle-ci au contraire : « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, non en em­ployant la violence, mais en employant l'insinuation; non « en vue d'un gain honteux, mais avec un entier désintéressement; non en dominant avec hauteur, mais en gagnant « les cœurs par l'attrait d'une imitation amoureuse. » (Ibid. v.)


La politique mondaine dit: La vertu peut quelquefois être fatale, et qui voudrait faire étroite profession de probité serait bientôt débordé et supplanté. L'Ecriture dit; « La justice consolide le trône. » (Prov. XVI). « La justice élève une nation. » (Ibid. XVI.)

La politique mondaine dit : Soyez à vous-même votre con­seil; on ne peut être bien conseillé, ni se fier à l'amitié des hommes. L'Ecriture dit : « Mon fils, ne faites rien sans conseil ; « c'est le moyen de ne jamais se repentir de ce qu'on a fait. » (Eccl. XXXII). « Ne soyez point sage en vous-même. » (Prov. III.)


La première dit : Suscitez des divisions et des querelles, rompez l'unité pour dominer sur les partis. Saint Paul nous crie : « Gardez la paix avec tous les hommes. » (Ad Rom. XII). « Ayez tous les mêmes pensées, vivez en paix; et le Dieu de « paix et d'amour sera avec vous. » (II. Cor. XIII)

On lit sur l'un des drapeaux: Ne comptez point vous atta­cher vos ennemis par des bienfaits, domptez-les par la force. On lit sur l'autre: « Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger ; s'il a soif, donnez-lui à boire : car, agissant de la sorte, « vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. Ne vous laissez point vaincre par le mal» mais travaillez à vaincre le mal par le bien. » (Ad Rom XII.)

Il est aisé maintenant de marquer la différence qui existe entre le despote formé sur les maximes de la politique mon­daine et le bon prince qui les déteste. Duguet, dans son Institution d’un prince, en a esquissé le parallèle.

L'autorité souveraine, quand elle est pure et qu'elle n'a dé­généré ni de son origine ni de sa fin, gouverne par les lois,règle sur elles ses volontés, et se croit interdit tout ce qu'elles défendent. Le despote, séparant son pouvoir du droit public, donne ses caprices pour des lois et sa conduite pour règle.

Le bon prince tâche de résumer en lui-même tout ce qu'il y a de sagesse et de prudence dans l’état, pense et agit comme l'Etat penserait et agirait s'il délibérait en corps, et il en est tout à la fois l'âme, l'interprète et la main. Le pouvoir despo­tique regarde l'Etat comme étranger, comme un tout à part, un être dont les intérêts sont distincts et souvent contraires aux siens.

Le premier ne considère son élévation que comme une hon­nête servitude, qui, en le plaçant au-dessus de tous, le charge des besoins de tous : bien convaincu que l'autorité n'est pas pour celui à qui elle est remise, mais pour ceux qui lui sont confiés Le second, s'incorporant l'autorité comme si elle était née avec lui et qu'elle fût inhérente à sa nature, croit que tout lui est dû, n'accorde aux autres que ce qui lui plaît, et règne pour le plaisir de régner.

Le bon prince est bien instruit de deux choses: l'une, que le peuple est incapable d'une entière liberté, l'autre qu'il ne mé­rite pas une entière servitude, et il sait conserver un sage milieu entre un gouvernement faible qui serait pernicieux et un gou­vernement tyrannique qui opprimerait, enlevant la portion de liberté dont on abuserait, et laissant celle dont l'usage est né­cessaire à l'action et au bonheur. II occupe la première place, pour empêcher que les factieux ne l'occupent, pour maintenir l'ordre parmi des citoyens non pour mettre aux fers des escla­ves. Le despote exige tout, parce qu'on lui doit quelque chose il ôte toute la liberté, parce qu'il a droit sur une partie; il ne connaît point d'enfants, parce qu'il n'a pas les entrailles d'un père ; il ne voit que des esclaves, parce qu'il n'envisage que l’autorité, et il croirait s'avilir lâchement si, cédant à la compassion, il adoucissait tant soit peu la pesanteur du joug, 1’un, vraiment digne de régner, ne fait rien que par raison ; il n'est point réduit à donner son bon vouloir comme l'unique cause de ses actes, et si jamais la fantaisie et l'instinct lui ser­vaient de guide, ce trait de ressemblance avec la bête serait à ses yeux une tache insoutenable. L'autre, assis sur le trône pour le malheur du genre humain, regarde comme une injure d'être interrogé sur les motifs de sa conduite, et comme une bassesse de répondre autre chose, sinon : « Je veux, parce que je veux » on l'irrite par les plus modestes remontrances ; on l'affermit en lui opposant des considérations péremptoires ; on l'importune dès qu'on lui parle d'intérêt public. A son point de vue, tout ce qui est possible est légitime ; la seule impuissance est capable de lui donner des bornes, et, lorsqu'il est ainsi le jouet de ses caprices, c'est alors qu'il se croit grand et puissant.


Disons tout d'un mot : le bon prince est le pasteur prêt à donner sa vie pour défendre ses brebis ; le despote est le mer­cenaire qui ne songe qu'à prendre le lait et la laine des siennes, en attendant qu'il les égorge pour se repaître de leur chair.


Combien le Supérieur doit avoir en horreur In politique mondaine et combien elle serait funeste à son gouvernement.


Saint Thomas de Cantorbéry écrivait au pape Alexandre III : « Ce n'est ni la dissimulation, ni l'artifice qui doit présider  au gouvernement de l'Eglise, mais la vérité et la justice. » Certes, les religieux n'ont pas quitté le monde pour être diri­gés par les maximes du monde ; ils n'ont quitté le monde que pour être dirigés par les maximes de Jésus-Christ. Citoyens du ciel, il est juste qu'ils soient conduits selon les lois du ciel, non selon les lois de la terre. Si Jésus-Christ, a établi les Supé­rieurs à sa place et les a investis de son autorité, ce n'est point pour qu'ils gouvernent leur communauté dans un esprit étranger et profane, mais pour qu'ils la gouvernent, dans son propre esprit. De quel droit, d'ailleurs, les Supérieurs exige­raient-ils que leurs inférieurs leur obéissent comme à Dieu même, s'ils n'avaient soin de commander comme Dieu même, en toute droiture et simplicité ?


L'évoque de Belley disait un jour à saint François de Sales : « Je crois que vous eussiez réussi à merveille en politique. » Le Saint répondit : « Les seuls mots de prudence, d'affaires, de politique, me font peur ; je m'y connais fort peu ou point du tout, Je vous dirai ce petit mot en ami, à l'oreille, et encore à l'oreille du cœur : je ne sais ni mentir, ni dissimuler, ni feindre, ce qui pourtant est le maître-ressort en politique et l'art des arts en affaires diplomatiques. J'y vais ce à l'ancienne gauloise, à la bonne foi, et tout simplement. Ce que j'ai sur les lèvres est justement ce que j'ai dans ma pensée ; je ne saurais parler en un cœur et en un « cœur. » (Ps, XI). Je hais la duplicité comme la mort, sachant que Dieu a en abomination l'homme trompeur. » (Prov. XII)


« Je ne sais, dit-il dans une autre circonstance, ce que m'a fait cette pauvre vertu de prudence ; j'ai de la peine à l'aimer, et si je l'aime, ce n'est que par nécessité, d'autant qu'elle est le sel et le flambeau de la vie. La beauté de la simplicité me ravit, et je donnerais toujours cent serpents pour une colombe. Je sais que leur mélange est utile, et que l'Evangile nous le recommande ; mais pourtant il me parait qu'il faut faire comme en la composition de la thériaque, où, pour un peu de serpent, on met beaucoup d'autres drogues salutaires. Si la dose de la colombe et du serpent était égale, je ne m'y voudrais pas fier : le serpent » pourrait tuer la colombe, non la colombe le serpent. On me dit que, dans un siècle aussi rusé, il faut de la prudence, au moins pour s'empêcher d'être surpris ; je ne blâme point cette maxime, mais je crois tout aussi évangélique la maxime qui dit : « C'est une grande sagesse selon de souffrir qu'on nous dévore et qu'on nous dépouille, car nous savons qu'un bien meilleur et plus assure nous attend. En un mot, un bon chrétien aimera toujours mieux être enclume que marteau, volé que voleur, meurtri que meurtrier, martyr que tyran. »

Saint Paul écrivait aux Corinthiens : « Nous avons cette gloire, et notre conscience nous rend ce témoignage , que nous nous sommes conduits en ce monde, et surtout à votre égard, dans la simplicité de cœur et dans la sincérité de Dieu ; non avec la sagesse de la chair, mais dans la grâce de Dieu. » (II Cor. I.)


La bénédiction du Ciel et l'obéissance franche et cordiale des inférieurs sont à ce prix.

Si la duplicité est odieuse dans un particulier, combien plus dans un Supérieur, qui est le protecteur de la simplicité et de la bonne foi ! Un religieux qui se voit conduit avec droi­ture fait tout avec joie ; s'il entrevoit de la finesse, il se dé­guise, s'enveloppe, fait tout à regret, et ne manque point de s'émanciper dès qu'il en trouve l'occasion. L'artifice, dans un Supérieur, est un défaut qu'on ne lui pardonne point. Ne l'eût-on surpris qu'une fois en flagrant délit, et dit-il désormais pren­dre le Ciel à témoin de sa droiture, nul n'a plus de confiance en lui. Qui voudrait ouvrir son âme à un rusé?


Les ruses ne manquent jamais d'embarrasser celui qui s'en sert : « Qui marche droitement, se sauvera ; qui cherche les « voies détournées, tombera dans quelqu'une, » (Prov. XXVIII), II n'y a rien qui se découvre plus tôt que les mauvaises ruses, « Celui qui marche simplement, marche en assurance ; celui « qui pervertit ses voies, sera bientôt découvert. » (Ibid. x). Le trompeur peut, s'attendre à être le premier trompé : « Les «voies du méchant le tromperont ; le trompeur ne gagnera « rien. » Et encore ; « Celui qui creuse une fosse, « tombera dedans ; qui rompt une haie, un serpent le mord. » (Eccl.x.)


Sur ces paroles d'Isaïe : « Le hérisson y a fait sa tanière » (cap. XXXIV), saint Grégoire dit que le hérisson est le symbole des âmes doubles et dissimulées : « Quand on surprend le hérisson , on voit sa tête, ses pieds et tout son corps , mais à peine l'a-t-on touché, qu'il se roule, cache ses pieds, sa tête, et disparaît en quelque sorte tout entier entre les mains de celui qui le saisit. » (Past. P. III, cap. 12). C’est ainsi que le Supérieur, surpris dans ses ruses, se dérobe adroi­tement à l'œil qui l'a démasqué, et perce de ses traits la main qui ose le toucher. Ce qu'il y a de funeste pour ces hommes « voués à la ruse, c'est qu'à leurs yeux la conduite tortueuse  qu'ils tiennent passe pour un raffinement de sagesse. »(Ibid.)


« L'homme double d'esprit est inconstant et flottant en toutes ses voies, disait saint François de Sales ; il se défie de chacun, et chacun se défie de lui : vrai Ismaël, de qui les «mains sont contre tous, et les mains de tous contre lui. Sa langue est un rasoir qui tranche des deux côtés ; et lorsqu'il parle de paix, c'est justement alors qu'il couve quelque malignité et médite la guerre. Pour moi, j'estime qu'il n'y a nulle si bonne et si désirable finesse que la simplicité. »

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Mgr Fellay, un homme de paroles qui remercie François pour sa reconnaissance paternelle…

 

L’année 2016 s’annonce pleine de surprises…

 

Avec un si charmant supérieur et un François si miséricordieux, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X doit s’attendre à de saints et prochains embrassements…


La Sapinière, dans la courte vidéo qui suit, a pensé utile de se rappeler quelques grandes paroles de Mgr Fellay afin de mieux apprécier la valeur de son tendre amour pour la Tradition.


Note interne du 26 novembre


Ci-joint la note interne secrète adressée à tous les prêtres de la FSSPX ( ou presque car il semble que certains en aient été privés !) .

La maison générale ose présenter cette énième rencontre avec un cardinal dans un séminaire  de la FSSPX, avec sept membres importants de cette congrégation, comme 'informelle'. Tout le monde appréciera l'hypocrisie de la formule.

 

Le but de cette  prétendue rencontre informelle serait  "de mieux faire connaître les positions de la Fraternité à des prélats plutôt bien disposés et capables d’écouter nos arguments". Pourtant n'y a-t-il pas eu de longues discussions théologiques à Rome avant 2011 ?  Le cardinal Brandmuller les ignore-t-il encore ?  Nous nous proposons de lui offrir les œuvres intégrales de Mgr Lefebvre.

 

Ces rencontres "informelles" rentrent donc dans le cadre des contacts qui doivent se multiplier entre la Rome conciliaire et la néo FSSPX. Le communiqué reconnaît d'ailleurs que cette rencontre fait suite à celle du 23 septembre dernier.

On notera au passage qu'il n'y a aucun Français pour cette première rencontre : c'est une affaire strictement germano-suisse.

 

Nous attendons désormais le communiqué que la maison générale devait faire pour les fidèles ... qui savent déjà à quoi s'en tenir.

 

 

Note interne confidentielle de la Maison Générale

Diffusion : membres prêtres

Date : le 26 novembre 2014

 

 

Note au sujet d’une réunion de membres de la Fraternité avec le cardinal Brandmüller

 

Début décembre 2014 se tiendra la première des réunions qui doivent avoir lieu entre des membres de la Fraternité et des évêques. Ces entretiens, proposés par la Commission Ecclesia Dei à la suite de la rencontre entre Mgr Fellay et le cardinal Müller le mardi 23 septembre 2014 à Rome, sont des réunions informelles ; elles doivent se dérouler sans médiatisation ni publicité. Comme annoncé dans la note interne de la Maison Générale aux prêtres du 2 octobre 2014, le choix des lieux et interlocuteurs est laissé à l’initiative de la Fraternité.

Le but de la Maison Générale est de mieux faire connaître les positions de la Fraternité à des prélats plutôt bien disposés et capables d’écouter nos arguments.

Le cardinal Brandmüller est né en Allemagne, le 5 janvier 1929 ; il a été consacré évêque en novembre 2010 et créé cardinal la semaine suivante le 20 novembre 2010. Il est président émérite du Comité pontifical des sciences historiques. Il est l’un des co-auteurs de l’ouvrage Demeurer dans la vérité du Christ qui réfutent les thèses hétérodoxes du cardinal Walter Kasper lors du Consistoire du 20 février 2014. Voir DICI n° 301 du 20/09/14.

http://www.dici.org/documents/demeurer-dans-la-verite-du-christ-extraits/

Cette réunion se déroulera en langue allemande à Zaitzkofen ; seront présents Mgr Fellay, MM. les abbés Schmidberger, Frey, Udressy, Wuilloud, Gaudron et Kasteleiner. Ils rencontreront le cardinal Brandmüller.

Le thème qui sera abordé sera le statut particulier du concile Vatican II – l’autorité de ses documents, son interprétation et son caractère atypique de « concile pastoral ».

 

Cette note est une information interne confidentielle, elle ne doit pas être diffusée, sous aucun prétexte. La Maison Générale se chargera si nécessaire de la communication externe par un communiqué.

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Antoine Marie Paganelli nous fait part aujourd'hui d'un problème grave qui sévit au sein de la FSSPX : certains laïcs sont privés de confession et de communion.   Une limite vient-elle d'être franchie ? Rien n'est avancé sans preuve. Céline Muhgot. 

 

 

SEUL MAÎTRE À BORD, Mgr FELLAY TENTE
DE FAIRE INTERDIRE DE SACREMENTS LES LAÏCS RÉFRACTAIRES

 

PREMIERE PARTIE :

 

 La juridiction de la FSSPX est une juridiction de suppléance.

 

Porté au grand jour dès Avril 2012, le changement de cap de la FSSPX se double maintenant d’inquiétantes dérives morales. Nous choisissons d’en parler dans l’espoir d’amener Menzingen à plus de prudence et de délicatesse dans l’exercice de sa juridiction. Le grand nombre pensera : « Quels changements ? Quelles dérives ? Nous n’avons rien remarqué ! » Soit ! Commençons par le changement.

Changement de 2006 à 2012

L’année 2012 a été marquée au sein de la FSSPX par un évident changement d’optique et de stratégie. Changement nié par ses auteurs eux-mêmes. (Puisqu’on n’a rien signé ! disent-ils) Il n’en demeure pas moins que la chose persiste. En quoi cela consiste-t-il ? En ceci : avant 2012, la Fraternité Saint Pie X excluait officiellement la possibilité d’un « rapprochement » avec Rome avant de voir le magistère de l’Eglise renouer avec la Tradition.

La position de 2006 se fondait sur l’expérience de plus de trente ans de rapports avec Rome. Cette expérience avait démontré qu’il était illusoire d’attendre quoi que ce soit du Vatican s’il ne renouait pas préalablement avec la Tradition. Aujourd’hui, la Fraternité ne refuse plus la possibilité d’un tel rapprochement, même si Rome reste en dehors de la Tradition. En effet, le Chapitre Général de 2012 a explicitement admis la possibilité d’un accord pratique avec les autorités romaines actuelles, sans accord doctrinal, comme l’a confirmé, le 27 juin 2013, la déclaration des trois évêques restants de la Fraternité, déclaration pourtant établie pour le trentième anniversaire des consécrations épiscopales de 1988. (1)

 

Durcissement de la position de Menzingen.

Faits concernant les laïcs 

 

Demandons-nous maintenant ce que signifie ce rapprochement avec la Rome actuelle. Par « rapprochement », il faut entendre l’obtention d’une reconnaissance, d’une « régularisation canonique » pouvant prendre la forme d’une Prélature personnelle.(2) La question est de savoir si cette nouvelle orientation persiste en 2014. Hélas, oui, elle persiste ! Parmi les signes révélateurs de la persistance de ce projet de ralliement, il faut également noter le durcissement visible des rapports de Menzingen avec les fidèles et les clercs qui osent manifester publiquement leur opposition. De nombreux prêtres ont dû quitter la Fraternité ; des enfants ont été expulsés des écoles aux Etats-Unis. Des fidèles ont été menacés ou effectivement privés de sacrements en France, en Angleterre, en Pologne, au Mexique, en Uruguay, en Argentine, en Italie, etc. On a même expulsé Mgr Williamson, un des quatre évêques sacrés en 1988 par Mgr Lefebvre. Pour la même raison, les ordinations des Capucins et des Dominicains ont été refusées en juin 2012. Du jamais vu dans le monde de la Tradition.

Les dégâts sont là. Nous constatons que des mesures disciplinaires sont prises à l’encontre de laïcs avec une désinvolture inouïe. Ce point est l’objet du présent article. Examinons le plus longuement.

Un exemple parmi beaucoup d’autres

Dans un des prieurés de France, un prêtre a cru bon de lancer aux fidèles : "Si j'apprends que viennent à la messe des gens qui critiquent la Fraternité toute la semaine, je n'hésiterai pas à les priver de sacrements". Un deuxième abbé du même prieuré, après la déclaration du 27 juin 2013, prévient en chaire qu'il ne tolérera plus de critiques contre la Fraternité.

Tant et si bien que, dans ce prieuré, quelques fidèles ont préféré ne plus aller à la messe, ont perdu toute confiance dans les prêtres et n'ont pas cru devoir s'exposer au scandale. Que penser de cette pastorale et de ses conséquences ? Il en résulte une méfiance entre laïcs, une atmosphère peu propice à une confession. Tout est fait pour que la vertu de religion, peu à peu, se refroidisse.

Que veulent ces prêtres ? Une obéissance sans murmure ? Le respect ? Est-il nécessaire de rappeler que l’intention des laïcs n’est pas tant d’attaquer la Fraternité que de la défendre contre le revirement actuel ? La Fraternité, ils l’ont soutenue pendant des années, de leur temps et de leurs deniers ; ils l’ont défendue contre le clergé conciliaire dans leurs familles ou dans leur entourage. Les chapelles dont on menace de les chasser, ils ont aidé à les bâtir. Ce n’est pas l’institution qui est décriée mais les options prises par l’équipe dirigeante de Menzingen. La Fraternité qu’ils ont aimée est aujourd’hui sous l’emprise d’une subversion : Menzingen parle de de se soumettre au magistère moderniste romain. (3) Tous les efforts que ces laïcs ont consentis, ne l’ont pas été pour ça !

Limite de juridiction

Les prêtres qui privent les fidèles de sacrements sont-ils en droit de le faire ? Pour en juger, recourons aux bons auteurs. Frassinetti (4) indique (T II, § 612, p. 362) : « La censure ne peut être portée contre les infidèles, ni contre les personnes sur lesquelles on n’a pas de juridiction». Nous devons donc préciser la nature et les limites de la juridiction des prêtres de la Fraternité.

Certes, la FSSPX jouit d’une juridiction réelle. Nous ne le nions pas. Mais il convient d’en cerner le contour. Avec Menzingen faisant porter ou laissant porter des censures privant les laïcs de sacrements, sommes-nous encore dans l’esprit du fondateur  d’Ecône ? On a de bonnes raisons d’en douter.

Vouloir juger de la licéité (de la conformité juridique) de ces actes nous mène sur un terrain délicat. On sait que l’Eglise conciliaire refuse toute juridiction à la FSSPX. Le pouvoir de juridiction de Mgr Fellay ne vient donc pas du Vatican.

D’où peut-il venir ? De Mgr Lefebvre ? Des fidèles eux-mêmes ?

La situation de la FSSPX n’est pas simple : le pouvoir des prêtres et des évêques de la FSSPX n’est pas fondé de la même manière que l’autorité existant ordinairement dans l’Eglise. Référons nous au Sel de la Terre n° 87, à propos de la juridiction sur les laïcs (5)

Début de citation :

« Il faut d’abord rappeler qu’il y a deux pouvoirs dans l’Eglise : le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction :

-              Le pouvoir d’ordre, pouvoir de sanctification, vient du caractère sacerdotal, signe spirituel ineffaçable imprimé dans l’âme du prêtre au jour de son ordination, et qui lui donne les pouvoirs sacerdotaux du Christ.

Ce pouvoir d’ordre comporte un pouvoir radical d’organiser l’Eglise, de hiérarchiser l’Eglise. Il appelle normalement un autre pouvoir : le pouvoir de juridiction. Il est normal en effet qu’un évêque ou un prêtre ait un troupeau particulier sur lequel il puisse exercer ce pouvoir d’ordre. (6)

-              Le pouvoir de juridiction est ce pouvoir de gouvernement : le pouvoir de paître le troupeau (…) mais cette juridiction se distingue elle-même en deux :

-              La juridiction ordinaire est celles « qui est attachée par le droit lui-même à un office (c. 197 §1). C’est celle de l’évêque diocésain, du curé de paroisse, d’un supérieur religieux exempt, etc., qui ont reçu leur charge de la hiérarchie officielle, par ce qu’on appelle une « mission canonique ».

-              La juridiction de suppléance est une juridiction de secours donnée par le droit à tout évêque et à tout prêtre en cas de nécessité, en vue du bien commun, lorsqu’il n’a pas reçu des autorités les pouvoirs nécessaires.

Fin de citation pp. 139-140.

L’article précise plus loin (p. 142)

Début de citation

« Le ministère de la prédication et des sacrements donne une autorité aux évêques et aux prêtres sur les fidèles qui en bénéficient, ainsi que l’expliquait Mgr Lefebvre :

Dans la mesure où les fidèles viennent demander aux prêtres et à l’évêque des sacrements et la doctrine de la foi, ceux-ci ont un devoir de veiller à la bonne réception et au bon usage de cette doctrine et de ces sacrements. Les fidèles ne peuvent pas demander les sacrements et refuser l’autorité des prêtres et de l’évêque. (7)

Il faut cependant préciser qu’une autorité de suppléance n’a pas  les mêmes caractéristiques que l’autorité existant ordinairement dans l’Eglise : 

-              Elle n’est pas une juridiction territoriale comme l’est celle de l’évêque diocésain ou du Curé de Paroisse : elle ne s’exerce que sur les personnes qui y font recours.

-              Elle s’exerce au cas par cas, donc n’est pas habituelle, c’est-à-dire que les personnes qui en bénéficient peuvent se retirer, et l’autorité de suppléance n’a aucun pouvoir pour les faire revenir.

-              Elle dépend du besoin du fidèle étant donné l’état de crise. C’est dans la mesure où les fidèles ont besoin de ces évêques ou prêtres pour le salut de leur âme, que l’Eglise crée ce lien d’autorité entre eux.

Tout cela montre que la juridiction de suppléance donne une autorité limitée assez délicate  à exercer.

L’autorité juridictionnelle de l’évêque ne lui venant pas d’une nomination romaine, mais de la nécessité du salut des âmes, il devra l’exercer avec une délicatesse particulière. (Mgr Lefebvre en note du 20 fev. 1991)

Il en est de même pour les prêtres. (8)

Fin de citation

Cette juridiction de suppléance, qui est réelle, ne donne pas pour autant aux prêtres le pouvoir d’imposer n’importe quelle pastorale aux laïcs. Ils doivent notamment se conformer aux lois de l’Eglise quant au refus des sacrements qui ne peut se justifier que pour les pécheurs publics, pour les hérétiques notoires, ou encore pour les personnes dont l’état physique ne permet pas l’administration de sacrements.

Lorsqu'on demandait à Mgr Lefebvre d'où lui venait sa légitimité, il répondait qu'il la tirait de la loi suprême de l'Eglise qui est le salut des âmes. Salus animarum suprema lex. Dans l'Eglise, cette loi est au-dessus de toutes les autres lois. Si bien qu'il entendait régler son action selon le besoin des âmes. Pour autant, Mgr Lefebvre ne considérait pas qu’il eût tous les droits. Il s’est toujours défendu de fonder une Eglise parallèle. Il ne revendiquait aucune juridiction en dehors de la Fraternité elle-même. Il ne voulait même pas être considéré comme un chef de file de la Tradition. Dans son homélie de la Messe de Lille, en 1976, il déclarait "On dit que je suis le chef de file de la tradition. Je ne suis le chef de file de rien du tout." Il signifiait par là qu’il n’avait aucune juridiction permanente sur les divers groupes religieux existant dans la tradition. En tant qu'ancien missionnaire, il se contentait de former des prêtres dans le séminaire d'Ecône pour les envoyer là où le besoin des âmes les réclamerait. La hiérarchie que formaient ces prêtres n'était qu’une hiérarchie de suppléance. . L’évêque fondateur ne prenait du pouvoir de juridiction que ce qui était nécessaire au salut des âmes. Qui se soucie encore aujourd'hui de la particularité de cette situation ?

Répondre aux besoins des fidèles

Les principes du droit canon sont entièrement ordonnés à la vie surnaturelle, à la loi suprême de l’Eglise, c’est-à-dire au bien des âmes. L’apostolat de la Fraternité est fondé sur ce socle. Pour autant, le pouvoir confié aux évêques et aux prêtres de la FSSPX n’est pas sans limites. Voici ce qu’écrivait à ses prêtres, le 27 avril 1987, l’ancien Archevêque de Dakar, fondateur de la Fraternité. (9)   

Le canon 682 de l’ancien droit (1917) dit « les laïcs ont le droit de recevoir du clergé les biens spirituels, surtout les secours nécessaires au salut ». Or, ils ne les reçoivent plus du clergé progressiste actuel, l’enseignement conciliaire mène à la perte de la foi et à l’apostasie ; la grâce est-elle encore donnée par des rites en évolution continuelle ? On peut vraiment se le demander. Les fidèles encore catholiques sont pour beaucoup dans une situation spirituelle désespérée.

Notre rôle est donc de multiplier les prêtres catholiques qui puissent aller à leur secours pour leur procurer la foi catholique et la grâce du salut. C’est cet appel, dans leur situation tragique, que l’Eglise entend et c’est dans ces circonstances qu’elle nous donne juridiction.

C’est pourquoi il me semble que nous devons surtout nous rendre là où l’on nous appelle et ne pas donner l’impression que nous avons une juridiction universelle, ni une juridiction sur un pays ou sur une région. Ce serait fonder notre apostolat sur une base fausse et illusoire. »

La FSSPX s’en est tenue pendant des années au pouvoir limité délégué par son fondateur. Aujourd’hui, tout se passe comme si Menzingen pensait devoir aligner tous les fidèles et toutes les institutions religieuses se réclamant de la tradition sur ses options personnelles ; les responsables de Menzingen oublient le caractère au cas par cas, personnel et temporaire, de la juridiction de suppléance pour l’étendre aux mesures permanentes et générales qu’ils comptent adopter Ce n’est plus réponde à l’appel des âmes. C’est sortir des limites de la juridiction de suppléance.

Depuis quand les fidèles de la tradition font-ils partie de la FSSPX ? Les statuts de 1970 stipulent à l’article 1 : La Fraternité est une société sacerdotale de vie commune sans vœux, à l’exemple des sociétés des Missions Etrangères. Les fidèles laïcs, ne se destinant pas à la prêtrise, ne sont pas liés à la FSSPX comme un paroissien pouvait l’être avec le Curé d’une paroisse. Lorsqu’un fidèle fait appel à un abbé de la Fraternité pour se confesser, ce prêtre reçoit de l’Eglise le pouvoir d’entendre la confession et d’absoudre. Le fidèle n’a aucunement l’obligation d’approuver Mgr Fellay dans sa recherche de prélature personnelle. Sur ce point, une fâcheuse ambiguïté s’est installée. La Fraternité usurpe un rôle qu’elle n’a pas. Cette usurpation n’est pas d’Eglise. La Fraternité n’a pas d’autre juridiction que celle qui découle de l’obligation provoquée par la demande des fidèles.

Quand la FSSPX se comporte comme si elle avait la même juridiction sur les groupements religieux, sur les fidèles qui fréquentent les chapelles, voire sur l’entier de la mouvance internationale de la tradition de la même manière qu’elle a juridiction sur ses propres membres, (prêtres, séminaristes, frères et sœurs qui se sont engagés par des vœux), c’est évidemment sortir de la juridiction de suppléance. Est-ce pour asseoir cette nouvelle conception que Menzingen fait autant usage d'autorité ? En Angleterre, en Italie, des fidèles sont priés (par téléphone !) de ne plus mettre les pieds dans les chapelles. Motif de cette censure ? La tenue de sites internet critiquant la nouvelle orientation de Mgr Fellay.

Soulignons cette contradiction dans l’attitude de Menzingen. La véritable juridiction de la FSSPX est une juridiction de suppléance fondée sur le cas de nécessité afin de répondre aux besoins des âmes. Dès lors qu’on revendique une juridiction plus universelle et permanente, il ne peut s’agir que d’une juridiction donnée par le pape lui-même ou d’une délégation de l’Evêque diocésain. Mais là est bien la pierre d’achoppement. La FSSPX n’a aucune mission canonique et ne reçoit aucune délégation d’aucun évêque diocésain.

Si la Fraternité estime avoir un tel pouvoir de juridiction coercitif, qu’elle le prouve autrement qu’en l’affirmant sans aucun argument. Voici ce que disent les canons 200 et 203 du code de 1917 :

200

p.2 A celui qui affirme avoir un pouvoir par délégation incombe la charge de donner la preuve de cette délégation.

203

p.1 Le délégué qui dépasse les limites de son mandat, quant aux personnes ou quant aux choses, ne produit aucun résultat de droit.

La conclusion de cette première partie est que ce changement de cap, apparu au grand jour en 2012, met la Fraternité hors des limites de son pouvoir légitime. C’est une grave dérive que la morale ne souffre pas. Elle atteste une mentalité autovalidante et despotique, entièrement dénuée de charité. Que tous les prêtres engagés dans cette affaire ouvrent  les yeux.

Telle est la prière que nous adressons à la miséricorde de notre Mère du Ciel.

 

 réservé un iquement aux laïcs restés fidèles à Menzin

Confession réservée uniquement aux fidèles
acquis aux thèses du ralliement ? 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième partie 

 

TOUTE JURIDICTION DOIT RESTER
SOUMISE À LA MORALE

LIMITES DE JURIDICTION  DÉCOULANT DE LA MORALE ELLE-MĒME

 

Que valent les menaces ou les interdits que la FSSPX semble vouloir multiplier ? Une évaluation morale est-elle possible?

 

1. Quant au fond

L’esprit de l’Eglise, sa morale, sa discipline sont d’une autre nature. La théologie morale est toujours empreinte de justice et de charité. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir aux bons auteurs Posons la question : En quoi estimer qu’il ne faille pas d’accords avec Rome serait un péché public méritant le refus des sacrements quand Mgr Fellay lui-même a estimé dans une conférence à Kansas City que c’eut été une mauvaise chose que d’obtenir cette reconnaissance ? « Nous remercions la Sainte Vierge, a-t-il dit, de ce que nous avons été préservés de toute sorte d’accord l’an dernier »Vouloir changer d’orientation était donc, à tout le moins, une option très douteuse. Il n’y avait donc aucun péché à la refuser. Ecoutons Frassinetti :

 

Pour définir qu’une chose est péché, il faut pouvoir apporter à l’appui de son assertion un texte évident de la sainte Ecriture ou une définition de l’Eglise, ou encore le consentement universel des théologiens. (pp. 26-27).

2. Y a-t-il eu péché contre le principe d’autorité ?

Toutefois on peut examiner non pas l’objet matériel de l’orientation nouvelle de la Fraternité, mais le fait qu’elle est intimée par le Supérieur Général. Le devoir d’obéissance n’en découle-t-il pas ? Cette question revient à se demander si une hiérarchie à le pouvoir de rendre obligatoire ce qui n’est que douteux.

 (…) Dans les questions controversées, les prédicateurs et les confesseurs doivent bien se garder de définir qu’une chose est péché, et surtout péché mortel, sur l’autorité de théologiens ou même de théologiens nombreux ; une décision semblable requiert le consentement universel des auteurs. De même, un confesseur ne pourrait, sans injustice, refuser l’absolution à un pénitent décidé à agir contrairement à une opinion soutenue par un ou plusieurs théologiens, mais contestée par d’autres théologiens catholiques (p.27).

Frassinetti est encore plus explicite dans le Tome II, car il donne la raison pour laquelle refuser l’absolution serait un abus de pouvoir sacré. Un tel abus provoque certainement l’injustice.

Tome II n° 448, p. 123

« Si un pénitent capable de former lui-même sa conscience veut suivre une opinion bénigne qu’il tient pour probable, bien qu’elle ne soit pas telle aux yeux du confesseur, il a droit à ce qu’on lui donne l’absolution, à moins que le confesseur n’ait l’assurance que cette opinion s’appuie sur un fondement faux. « La raison en est que le confesseur n’est pas, comme le pape, juge des controverses, mais uniquement de la pénitence que méritent les péchés, et de la disposition des pénitents. Quand donc le pénitent a confessé ses fautes et qu’il a la conviction de pouvoir suivre licitement une opinion appuyée sur un fondement assez solide pour pouvoir être vraie, une opinion déjà réputée probable par des auteurs sérieux, ce pénitent est certainement bien disposé ; partant, il a droit à l’absolution et le confesseur ne peut la lui refuser sans injustice grave. »

Ce paragraphe est complété par une note allant dans le même sens :

Note 141 du n. 448

Comme les confesseurs n’ont aucune autorité pour décider des questions théologiques, je trouve comme De Lugo et d’autres auteurs cités par saint Alphonse, que le pénitent a évidemment le droit de mettre son opinion en pratique, du moment que cette opinion est soutenue par de bons théologiens et qu’elle a par conséquent, une solide probabilité, au moins extrinsèque ; et cela, alors même que le pénitent serait l’homme le plus ignorant du monde et que l’opinion paraîtrait absolument fausse au confesseur. En effet, quelle force le jugement du confesseur a-t-il sur la probabilité d’une opinion ? Si l’opinion est solidement probable, soit en vertu de motifs intrinsèques, soit à raison de l’autorité extrinsèque de bons théologiens, que peut contre elle le jugement d’un confesseur ? Fût-elle jugée fausse par cent confesseurs, par un concile diocésain provincial ou national, elle n’en conserverait pas moins sa probabilité jusqu’à ce qu’elle fut condamnée par l’Eglise.

Le texte laisse comprendre qu’en absence du jugement qualifié de l’Eglise, aucun prêtre, fût-il évêque, fût-il Supérieur Général de Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, n’a le droit d’imposer son point de vue à un pénitent qui prône l’opinion que soutiennent d’autres théologiens qualifiés. Fort bien ! Mais nous devons citer quelques-uns de ces théologiens qualifiés soutenant un point de vue différent de celui de Menzingen. Eh bien, citons : l’abbé Pfeiffer, l’abbé Chazal, l’abbé Girouard, l’abbé Pinaud, l’abbé Rioult, et tant d’autres qui, pour l’instant, ne manifestent pas publiquement leur désaccord, mais qui ne sauraient tarder à le faire ; sans oublier Mgr Williamson, ancien Directeur de séminaire, ancien professeur de l’abbé Bernard Fellay.

Le prétexte du bien commun, la qualification de « subversives » portées à l’endroit d’opinions contraires à Menzingen n’ont aucune valeur en l’occurrence, car le vrai bien commun ne va jamais contre la morale (10) et lorsqu’on veut changer en catimini(11) la finalité d’un organisme, il est un peu court de qualifier de subversifs ceux qui résistent à cette subversion sournoise.  Le vrai est que la Fraternité veut étendre son pouvoir. Elle ne tient plus compte de la particularité de la juridiction qui est la sienne. Elle s’estime en droit de décider de tout à l’intérieur du petit monde que constituent les fidèles et les congrégations attachés à la Tradition. Perpétuer le sacerdoce, conserver la sainte Messe et la doctrine de la Foi, assurer l’apostolat auprès des fidèles, leur apporter les sacrements de Notre Seigneur Jésus-Christ sont des objectifs qui ne suffisent plus à quelques-uns. Ils rêvent de constituer une sorte de mini-église bénéficiant de la protection papale ; une sorte de diocèse sans frontières sur lequel, à l’instar de l’empire de Charles Quint, le soleil ne se couche jamais. Nous sommes loin, très loin des fondements qu’avait posés Mgr Lefebvre. C’est pourquoi la Fraternité transgresse les limites de son pouvoir et commet des injustices.

Au reste, il ne s’agit pas uniquement d’injustice envers les laïcs. Refuser les sacrements, n’équivaut pas à refuser injustement un secours financier ou une salle de réunion. Décider de l’usage ou du refus des sacrements sans juridiction précise ni motif proportionné, n’est-ce pas disposer à sa guise d’un pouvoir divin ?

Dès lors, posons-nous la question suivante : l’obligation créée par le besoin du fidèle doit-elle être respectée par le prêtre ? Si la demande du fidèle est sans bravade, sans désir de s’amuser du prêtre (ce qui serait certainement péché mortel), alors, oui, le prêtre doit répondre à ce besoin. S’il ne le fait pas au motif que le laïc doit être au préalable d’accord avec lui, le prêtre contredit son propre Sacerdoce qui est le Sacerdoce du Christ. Il subordonne à ses options personnelles, fragiles et humaines, le Sacerdoce du Christ.

3. Y-a-t-il eu détraction ?

Nous devons évoquer un autre aspect. N’y-a-t-il pas, de la part des fidèles, un manque de respect, un esprit de fronde, une incitation au dénigrement public pouvant nuire à la réputation de Mgr Fellay ? Or, nul n’ignore que chacun a droit à sa réputation. Un Supérieur Général plus qu’un autre. En conséquence, les fidèles ayant publiquement remis en cause l’orientation de la FSSPX n’ont-ils pas commis une injustice à l’endroit de Mgr Fellay ?

Pour comprendre cette résistance et cette inquiétude des laïcs, il faut rappeler que l’obtention  d’une prélature personnelle ferait dépendre la Fraternité directement du pape. La déclaration signée par Mgr Fellay le 15 avril 2012 reconnaissait le magistère du Souverain Pontife, la légitimité de la Messe de Paul VI, le nouveau droit canon, etc. C’est pourquoi nombre de personnes, au sein de la tradition, ont estimé que Mgr Fellay, pour réaliser sa chimère, était prêt à compromettre la foi des fidèles. Le supérieur de la Fraternité menait ses tractations en cachette, dans le plus grand secret : il y avait danger. En conséquence, plusieurs ont jugé opportun d’avertir le plus de monde possible. Ont-ils commis un péché d’injustice ? N’est-ce pas plutôt Menzingen qui, en abusant de la confiance des prêtres et des fidèles, commet une injustice ? La duperie continue encore maintenant, quand on nous dit qu’il ne s’est rien passé.

Voici ce que dit Frassinetti à propos des dénonciations de personnes dangereuses.

C’est l’enseignement le plus commun des théologiens qu’on ne pèche pas mortellement à révéler dans un lieu un délit connu publiquement ailleurs, surtout s’il s’agit d’une personne dangereuse que les habitant du lieu ont intérêt à connaître. Il ne semble même pas que la révélation soit le moins du monde coupable en pareil cas, c’est plutôt un acte de charité ; comme lorsqu’il s’agit d’un homme qui s’est fait connaître ailleurs pour un séducteur de la jeunesse (T I, n° 246, p. 458-459).

Ecoutons Gousset. « S’il s’agissait, dit-il, de certains crimes qui rendent des hommes dangereux, nous pensons qu’on pourrait les faire connaître et signaler ceux qui en seraient les auteurs, même dans les endroits éloignés où ils ne seraient nullement connus, pourvu qu’on ne le fît qu’en vue du bien public.» (Note 86 au n° 246 p. 462).

Il n’y a pas de péché de la part des détracteurs de la nouvelle orientation. Une mesure de rétorsion à leur égard est une injustice supplémentaire.

4. Que penser de ceux qui tiennent des sites internet et qui se cachent derrière des pseudonymes ? Leur action n’est-elle pas hypocrite, subversive, et donc peccamineuse ? 

Il n’y a aucune subversion à pratiquer les méthodes nécessaires à la résistance devant un grave péril. La réponse à l’objection critiquant les précautions prises par les internautes afin de préserver leur clandestinité est des plus simples : Ces bloggeurs veulent éviter qu’on les prive de sacrements. Car, ils ont beau regarder d’un œil inquiet les nouvelles orientations de la FSSPX, ils savent qu’eux-mêmes n’en restent pas moins pécheurs. Être privé de sacrement, c’est courir le risque de rester en état de péché, voire de péché mortel. En recourant à la FSSPX, on atteste simplement qu’on reconnait le pouvoir sacramentel de ces prêtres et qu’on place le Salut avant toutes autres considérations. Les laïcs protègent donc leur vie surnaturelle. Le motif est suffisant pour qu’il n’y ait aucune faute.

Citons le Père Charles Louis-Richard :(12)

« La crainte juste et fondée de quelque mal considérable, perte de la vie, des biens, de la liberté, etc. Cette crainte empêche qu’on encoure les censuresportées contre les violateurs des canons ou des préceptes de l’Eglise, lorsque ce violement s’est fait sans mépris de la loi ecclésiastique et sans scandale, parce que l’Eglise n’est pas censée vouloir obliger dans ces circonstances. Mais s’il s’agissait du violement d’un précepte divin ou naturel, on encourrait la censure malgré la crainte qui n’empêcherait pas qu’on pècherait mortellement en violant un précepte de la loi naturelle ou divine  et qui par cette raison ne ferait pas obstacle à la censure. » (13)

 Les méthodes dont ont souffert les abbés Rioult et Pinaud (vol de disque dur d’ordinateur pour en lire la correspondance privée ;  usurpation d’identité pour mener une enquête aux fins d’apprendre ce que pensaient untel et untel) ont démontré l’absence de scrupules des valeureux limiers entrés au service de Menzingen). Il est bien compréhensible qu’on veuille se protéger de ces gens-là, nonobstant leur caractère de prêtre de Jésus-Christ  qui perdure malgré ces turpitudes et que l’on doit respecter.

Conclusion

En conclusion de notre première partie, nous avons vu que Mgr Fellay ne peut arguer que d’une juridiction de suppléance, c’est-à-dire d’une juridiction au cas par cas, personnelle et temporaire. On ne peut porter de censure quand on n’a pas de juridiction sur les fidèles. Or, les censures portées le sont à cause de la résistance aux manœuvres de ralliement. S’il y avait effectivement pouvoir de juridiction pour contraindre le monde de la tradition à l’option nouvelle de Menzingen, il faudrait que Mgr Fellay en apporte la preuve. Dans le cas contraire, si le fidèle demande les sacrements dont il doit nourrir son âme, Mgr. Fellay ne peut les lui refuser.

Dans notre deuxième partie, nous avons vu que la morale interdit de rendre obligatoire ce qui n’est que douteux. Or l’obligation en conscience de suivre la nouvelle orientation de la FSSPX est plus que douteuse, car l’orientation prise est dangereuse. Il ne peut donc y avoir de censure à l’égard de personnes refusant cette orientation. Elle ne peut devenir un préalable obligatoire à la réception des sacrements. Mgr Fellay et les prêtres de la Fraternité ne peuvent dépasser le droit que leur confère leur juridiction.

Lorsqu’il n’y a pas de péché, il ne peut y avoir de censure. Or, le fait de dénoncer des risques réels pour la foi ne constituera jamais un péché. Donc, il ne peut y avoir de censure.

Enfin, eu égard aux menaces de refus de sacrements opposées à certains fidèles, les bloggeurs se réfugient dans l’anonymat. Il y a là, de leur part, la volonté de préserver leur vie surnaturelle. Cette crainte empêche qu’on encoure les censures. Vouloir les excommunier est par ailleurs une démesure qui ne tient pas compte des risques de mort surnaturelle qu’entraîne l’absence de sacrements.

Très Sainte Vierge Marie, mère des prêtres du monde entier, priez pour les prêtres de la FSSPX, pour ceux qui soutiennent inconsidérément ces dérives, et pour ceux qui souffrent de voir les déviances de leur institution.

Antoine-Marie Paganelli

 


 

Joseph Frassinetti

Joseph Frassinetti

1) On trouvera sans difficulté les textes de 2006 et de 2013, ainsi que les analyses comparées afférentes, sur tous les sites de la résistance. Il y a beaucoup de sites réfractaires à cette nouvelle orientation où l’on pourra consulter les textes fondamentaux.

 2) Quel que soit le vocabulaire employé : rapprochement, reconnaissance, régularisation, ralliement, il s’agit toujours de se soumettre au magistère romain actuel.

3) Voir la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 que Mgr Fellay a envoyée au Cardinal Levada.

4) Abrégé de la théologie morale de S. Alphonse de Liguori par Joseph Frassinetti, Prieur de Sainte Sabine à Gênes, Tomes I et II, traduit de la septième édition italienne par l’Abbé P. Fourez, licencié en théologie, curé-doyen de Châtelet. Braine-le–Comte, Imprimerie Lelong successeurs Zech & Fils, 1889. Nous choisissons cet auteur pour sa proximité avec Saint Alphonse de Liguori. Grand moraliste, Alphonse de Liguori fut canonisé en 1839. Il devint Docteur de L’Eglise en 1871 puis Patron des Confesseurs et des Moralistes en 1950, (Pie XII, Lettre apostolique Consueverunt omni tempore.)

5) Article du Frère Marie Dominique O.P., L’exemption des religieux, un exemple de la sagesse de l’Eglisepp.128-144. En abordant la situation actuelle, l’auteur parle du cas de nécessité et de la juridiction de suppléance qui en découle. La lecture de cet article aide à comprendre le caractère délicat de la situation actuelle, peu compatible avec les brusqueries absolutistes aussi pénibles que dénuées de fondements.

6) L’article du Sel de la Terre cite Mgr Tissier de Mallerais, « Juridiction de suppléance et sens hiérarchique », Allocution de clôture à la journée de Cercles de Tradition, Paris, 1er  mars 1991. Mgr. Lefebvre, Note au sujet du nouvel évêque succédant à son Exc. Mgr. de Castro Mayer, 20 février 1991, publiée par Fideliter n° 82, juillet-août 1991, p.17

7) Mgr Lefebvre, « Note au sujet du nouvel évêque succédant à S. Exc. Mgr de Castro Mayer », 20 février 1991, publiée par Fideliter 82, Juillet–août 1991.

8) Nos lecteurs comprendront que, vu le sérieux et l’importance du sujet abordé, nous préférons « piller » l’article du Frère Marie-Dominique plutôt que de nous lancer dans une dissertation personnelle incertaine. Merci au Sel de la Terre !

9) Lettre citée par M. l’abbé Pivert dans le livret : Des sacres par Mgr Lefebvre … Un schisme ? Publié par Fideliter en 1988, pp. 55-60.  Cette publication est accompagnée d’une lettre de l’archevêque félicitant l’abbé. « Le travail que vous m’avez soumis, écrit Mgr, est très bien présenté et peut, en effet, dissiper les hésitations qui sont encore nombreuses parmi le clergé et les fidèles. Il est souhaitable que ces consécrations épiscopales soient bien admises, même s’il n’y a pas d’autorisation explicite de Rome. Il est donc très utile de répandre cette étude.»

10) Il y a une distinction à opérer entre le bien commun, objet moral, et l’intérêt généralqui peut s’opposer à la morale. Lire le passage Jn. XI, 45-57 où Caïphe dit « Vous n'y comprenez rien ; vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu'unseul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas. »

11) Nous faisons ici allusion au secret dont Mgr Fellay use depuis plusieurs année. Larvatus prodeo, disait Descartes.

12)  Cet auteur dominicain (1711-1794) n’a rien d’un laxiste timoré, prêt à tout excuser. Adversaire de la constitution civile du clergé, il sera traduit devant le tribunal criminel de Mons en Belgique et fusillé le 16 août 1794 dans cette ville pour avoir publié un écrit intitulé : Parallèle des Juifs qui ont crucifié Jésus-Christ avec les Français qui ont tué leur Roi.

13) Cf. Charles-Louis Richard, O.P., Dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques. Vol 1, Ch. V Des causes qui empêchent qu’on encoure la censure § II, (1762).

La nouvelle a été révélée par l’abbé Girouard, dans son sermon du 2 juin 2013.Ce prêtre canadien, résistant au vent de ralliement qui balaie la FSSPX, a rendu compte d’un fait important expliquant la nouvelle attitude de Menzingen vis-à-vis de la Rome conciliaire. De quoi s’agit-il ?


En octobre 2012, notre abbé se plaint à son Supérieur, l’abbé Wegner, de voir la Fraternité amoindrir, voire abandonner la lutte contre Vatican II et contre les erreurs qui en sont issues. Quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsque le Supérieur lui répondit en substance: C’est exact, mais c’est une bonne chose ! J’en suis d’ailleurs un peu responsable. L’Abbé Wegner explique alors : « quand j'étais Supérieur de District en Hollande j'ai rencontré et suis devenu l'ami du Président d'une société de conseil...Par la suite j’ai demandé à cet ami de faire le "marquage", le "branding" de la Fraternité, car la société de cet ami est en effet spécialisée dans le branding."

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Un mot d’explication sur ce vocabulaire barbare. A quoi sert le branding ? Ce terme, emprunté à l’élevage, désigne d’abord l’action de marquer au fer rouge les animaux, afin de faire connaître leur propriétaire. Appliqué à une entreprise, le branding est censé aider à se positionner sur le marché, à mieux faire valoir sa spécificité et à se démarquer de ses concurrents. Cette opération, censée faire le management de la marque, consiste à évaluer le delta entre une institution telle qu’elle souhaite paraître devant le public et la manière dont elle est perçue. Cela suppose une enquête d’opinion auprès des clients et des non-clients, portant sur les points forts et sur les points fa
ibles, afin d’évaluer l’image de marque. Puis l’on décide des changements à apporter dans l’institution pour mieux faire coïncider son image avec ce que l’on souhaite.

 

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L’Abbé Wegner joue ensuite les intermédiaires auprès de Mgr Fellay qui donne son accord pour la mission de conseil.Censé répéter tel un perroquet les dires de l’opinion, l’homme d’affaires rédige son rapport sur la FSSPX. Selon lui, la Fraternité fait fausse route depuis le début … Son image de marque est tellement négative que jamais le public ne sera attiré. Elle est vouée à la stagnation, voire au déclin. L’argument dirimant de la société-conseil, selon l’Abbé Girouard, est peu ou prou le suivant : « L'Église de Vatican II est comme un vieil homme mourant, elle est comme un mourant étendu dans la rue, comme ça: Ils perdent leurs séminaires, ils perdent leurs monastères, ils vendent leurs églises ; c'est une Église moribonde. Et vous avez vraiment une mauvaise image lorsque vous continuez à combattre cette Église. Vos critiques vous font paraître cruels, comme si vous exagériez. C’est comme  nouvelle image de marque doit changer complètement. Vous devez arrêter de discuter à coup d’arguments ; vous devez cesser le combat. Vous devez plutôt vous concentrer sur le côté positif, et montrer la beauté de la liturgie traditionnelle, la beauté de la théologie traditionnelle, et de cette façon, on ne vous  percevra plus comme des gens cruels, amers ou comme des êtres de ce genre."[2]

 

Ce domaine du conseil, on l’aura remarqué, évolue, par construction, au niveau de l’opinion, du ressenti, du vécu des uns et des autres. La subjectivité tient lieu de réalité indépassable. La Fraternité a voulu se regarder dans le miroir de l’opinion. Pour quelles raisons ? Par inquiétude ? Par souci pastoral ? Pour mieux convertir les âmes ? Ne sait-on pas que c’est la Grâce qui convertit, que la sainteté attire la Grâce et non toutes ces histoires d’image de marque ? Saint Paul, saint Dominique ou saint François Xavier se souciaient-ils de leur image de marque ? L’esprit mondain se manifeste souvent en ceci que l’on supporte mal d’être snobé par le monde. Hélas ! Mgr Fellay a prêté l’oreille aux sirènes de la renommée. S’est-il interrogé sur la pertinence des méthodes d’une société de conseil chargée d’évaluer la valeur d’une marque sur le marché, avant de les appliquer à la société de prêtres dont il est responsable?

Quoi qu’il en soit, Menzingen se voit embarqué sur les chemins de la subjectivité où la perception de l’autre est plus importante que ce que l’on EST, où l’opinion du public joue un rôle plus déterminant que ce que l’on FAIT. La messe de toujours, les sacrements, dont la Grâce découle du Sacrifice de la Croix, la lutte contre le modernisme sont réévalués à l’aune du qu’en dira-t-on.


Ce qu’on appelle le « value based management » ou «Management par les valeurs»


Mgr Fellay veut depuis fort longtemps un rapprochement avec Rome. Ce qu’il souhaite va donc dans le même sens que les conclusions de la société de conseil : faire taire les critiques et se concentrer sur le positif : la liturgie, la doctrine. Le consulting n’a donc pas été l’élément déclencheur, mais a servi de confirmation. La « science managériale » n’a fait que corroborer les analyses du prélat : un changement de cap est nécessaire.

Mais ce changement de cap représente plus qu’un simple réajustement. Il comporte un véritable désarmement spirituel, une abdication, une attitude d’acceptation ou d’indifférence envers ce que la Fraternité a combattu depuis plus de quarante ans …

Restons sur le plan du diagnostic d’entreprise, choisi par Mgr Fellay. Qu’en disent les managers ? Sur le plan de la psychologie de groupe, ils proposent une analyse propre à fabriquer un modèle manipulateur où l’on distingue la culture de l’éthique

Yvon Pesqueux et Yvan Biefenot analysent la culture d’entreprise et l’éthiqued’entreprise. Rien de plus légitime en apparence. Selon nos deux auteurs, la culture et l’éthique font certes référence à un modèle de croyances et de valeurs, mais l’un ne peut se confondre avec l’autre. La culture relève des données sociologiques par lesquelles chacun s’identifie. Elle suppose une stabilité, une tradition constituant le ciment social. Le fonds commun des relations entre les parties prenantes de cette même culture permet reconnaissance mutuelle et solidarité. En période de crise, quelques valeurs enfouies refont surface et assurent une meilleure unité des consciences et des mœurs. La culture donne à l’entreprise sa spécificité, sa forme, son essence.Value-based-management-copie-2.jpg

En quoi consiste la manipulation ? En ceci : « l’éthique » se situe davantage dans la préoccupation de la vie quotidienne et de la survie. Elle concerne la stratégie et la tactique. L’éthique couvre le champ pratique de l’action.

L’éthique peut entrer en conflit avec la culture. Comment se présente une telle éventualité ? La déchirure vient de l’extérieur, de l’adversité, du monde qui bouge et qui pose à l’institution la question de sa survie. Le monde des affaires pense que, pour avoir une culture, encore faut-il exister. Etant persuadée que l’existence précède l’essence, l’entreprise préfère « l’éthique » tournée vers l’avenir, à la « culture » accusée de rigidité et d’inadaptation. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison des restructurations permanentes, de la disparition des métiers, de la mentalité évolutionniste amoureuse par principe de tout ce qui est nouveau.

Opposer la culture d’une institution à l’éthique de son action, c’est réputer la culture actuellement dénuée de fondement rationnel. On la prive arbitrairement de justifications autres que sentimentales, tout en accordant les vertus salvifiques à l’éthique, toute entière tournée vers la vie et vers l’excellence … Voilà pour la manipulation.

Néanmoins, les consultants d’entreprises le savent : imposer la prépondérance de la présumée « éthique » sur la culture n’est pas une opération se déroulant comme sur un long fleuve tranquille. La nature réagit. C’est à la culture que sont attachés la plupart des salariés. Pour quelles raisons ? Parce que cette culture représente la loi et que cette loi est connue. Il n’en va pas de même pour l’éthique, entrée en conflit avec la culture pour cause de passéisme. L’ensemble du personnel voit ce changement d’un mauvais œil. Non pas seulement, comme on l’entend souvent dire, par attachement paresseux aux habitudes, ou encore par la peur irraisonnée de l’inconnu. Ce qui suscite les craintes et les oppositions du personnel, c’est le désordre moral qu’engendre le changement des fondamentaux : la non reconnaissance des vertus acquises, la remise en cause du mérite, l’oubli des services rendus, l’abandon obligé des valeurs jusqu’ici en vigueur. C’est la création d’une situation d’injustice. Dès lors, l’entreprise court le risque de passer pour cynique. D’où le recours au terme d’éthique. Le vocabulaire est important, car il conjure l’accusation d’immoralisme. C’est pourquoi une nouvelle hiérarchie de « valeurs » devra accompagner le changement. C’est ce qu’on appelle le « management par les valeurs ».

 

Conséquences relationnelles et morales

Le changement de culture reste, pour une entreprise, une opération à haut risque. Les spécialistes s’accordent sur ce point. Ecoutons ce qu’en disent les professeurs de HEC de Montréal :

« Le changement culturel peut engendrer des comportements agressifs et opposés à l’idée même du changement. Beaucoup de pays et d’organisations en ont fait la douloureuse expérience. Ainsi, une des raisons les plus probables de la grande débâcle qui a emporté la société Béatrice est précisément la remise en cause de la culture quasi-spartiate qui y régnait jusqu’à la fin des années 70 (Hafsi, 1980) De même les difficultés et les soubresauts connus par beaucoup de pays en développement peuvent être reliés à la brutalité des changements culturels qui s’y sont produits. (Kiggundu, Jorgensen & Hafsi, 1983) »

Pour faire face à la grogne, la direction procède alors à quelques mutations, favorise la promotion-récompense des dociles, met les autres au placard, voire licencie les fortes têtes « psychorigides » dont on doit – bien à contrecœur, croyez-le ! - se séparer.

Une mentalité de circonstance, assez neutre, fait son apparition. Elle tient lieu de sagesse. À l’exclusion, la majorité préfère l’institution, quelle qu’elle soit. Le plus grand nombre ne défend ni la culture ni l’éthique, mais une convention assez molle, sans odeur ni saveur. C’est plus malin. On ne plaint pas les opposants sanctionnés : ils ont récolté que ce qu’ils méritaient. On va jusqu’à leur en vouloir d’avoir critiqué le patron, d’avoir mis en danger la solidité de l’entreprise. L’existence de l’institution passe avant sa finalité. L’existence précède l’essence. Il en résulte une chute vertigineuse de la moralité. Le manque de solidarité des membres de l’entreprise pose rapidement un problème. La concurrence interne des salariés remplace le désir de bien faire ; elle n’apporte d’ordinaire aucune plus-value, mais au contraire rétention d’information et divers blocages. L’investissement personnel de chacun s’en ressent.

 

Le monde de la religion et le monde des affaires.

Ce qui présente un risque important pour l’entreprise n’a vraiment aucun sens pour une institution religieuse catholique dont le fondement est la Foi catholique. Pour diverses raisons, dont la principale est que le surnaturel n’est pas fondé sur les mêmes principes que le monde naturel. Développons ce constat plus en détails.

Les conclusions du cabinet-conseil néerlandais concernent le comportement desnon-clients de la FSSPX, car ceux qui suivent cette institution ne sont pas révulsés par les critiques adressées à la Rome conciliaire. Lorsqu’on cherche à gagner des parts de marché, autrement dit, lorsqu’on veut se tourner vers les non-clients, Peter Drucker dans Managing for résults, livre culte toujours d’actualité, pose d’abord le dogme que le client n’achète pas un produit, mais une satisfaction (toujours ce subjectivisme !). L’auteur incite ensuite à se poser plusieurs questions dont les plus importantes sont les suivantes : Qui est le non-client, alors qu’il fait potentiellement partie de la cible ? Pour quelles raisons ne franchit-il pas le pas ?Et subséquemment : « Quoi modifier pour arriver à produire les satisfactions qu’attend le client ? » Ces questions, et la pensée profane allant avec, ont infesté Menzingen.

On sait que les « non-clients » de la FSSPX ont peur du schisme. Ils aiment la liturgie traditionnelle, mais ils estiment la Fraternité, sinon hors de l’Eglise, du moins en désobéissance aux autorités légitimes. Ce qu’ils veulent, c’est le certificat de conformité, dûment délivré par les autorités compétentes. Selon eux, l’autorité visible a raison. La théologie s’arrête là. Ils ne s’interrogent plus sur la Foi de l’Eglise : le Pape suffit à faire le vrai, quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse. Faut-il donner un exemple ? Jusque sous Pie XII, l’Eglise s’efforçait de mettre en garde contre les fausses religions. Aujourd’hui, les rassemblements d’Assise, impensables encore sous le Pasteur angélique, passent pour de beaux gestes de Charité. Le grand nombre accepte sans broncher: la structure a toujours raison. Peuples, battez des mains !

Or, pour des raisons de Foi, on ne peut pas marier la liberté religieuse avec le credo catholique, ni mettre la liberté humaine au-dessus de la Révélation, ni admettre plusieurs « vérités » dissemblables, etc. En un mot, il est impossible d’accepter le magistère de la Rome actuelle. On ne peut donc pas satisfaire les attentes des « non-clients » sans devenir comme eux, c’est-à-dire sans devenir des positivistes, suivant inconditionnellement la structure visible « Eglise » sans se demander si elle reste fidèle à sa finalité.

Conclusion

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le malaise de la Fraternité est patent. Mgr Williamson a été exclu, les opposants sont diabolisés.

L’atout majeur de Mgr Fellay est de pouvoir de muter l’un, de sanctionner l’autre, d’interdire la publication de tel article ou de favoriser la promotion de tel prêtre particulièrement docile.

De la motivation fondée sur la Foi et le zèle ardent pour la défense de la Foi, on passe graduellement à la motivation fondée sur la peur. Tout commençait par la recherche du Règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; tout continue maintenant par l’application du Branding et la flagornerie qu’il entraîne.

Beaucoup de prêtres se taisent et attendent de voir ce qui va se passer. D’autres font remarquer leur orthodoxie par les critiques qu’ils adressent à leurs anciens collègues (tels l’abbé Laisney se chargeant de « réfuter » l’abbé Chazal, ou l’abbé Bouchacourt, conspuant Mgr Williamson pour avoir osé venir au Brésil donner des confirmations dans une congrégation ne faisant pas même partie de la FSSPX.). Prions pour tous ces prêtres.

Nous convenons volontiers que cet article ne répond pas exhaustivement aux questions que soulève le recours au Branding pour définir la stratégie de la FSSPX. M. L’abbé Girouard a tout de suite vu le côté dérisoire et navrant de cette démarche. « Et dire que c’est nous qu’on accuse de manquer d’esprit surnaturel ! » dit-il avec étonnement.

Certes, pour orienter la Fraternité, n’aurait-il pas été plus judicieux d’avoir recours à la pensée du fondateur, Mgr Lefebvre ? « Aucune compromission avec le modernisme ! Tout pour le Christ Roi ». Mgr Fellay s’apercevra sans doute un jour qu’il a ruiné l’œuvre de Mgr Lefebvre en préférant les sirènes de l’éthique des affaires à l’élan surnaturel du missionnaire poussé par l’amour du Christ-Roi, en accordant trop d’importance au souci mondain du « paraître » ou du « qu’en dira-t-on » et en oubliant « la folie de la Croix ». Il se souviendra peut-être de l’avertissement du Christ (Mt. 10, 22) « Vous serez haïs de tous à cause de mon Nom. »

Quant à nous, préférons cette béatitude, car c’en est une, au management de ma marque de fabrique.

Hugo Clémenti

 

Nous ne saurions trop recommander au lecteur de se reporter au texte de ce sermon, paru sur le site de l’Abbé Girouard : http://www.sacrificium.org/fr

On aura le texte exact de l’Abbé Girouard sur son site. Nous avons modifié le « style parlé ».

Yvon Pesqueux et Yvan Biefenot, L’éthique des affaires, management par les valeurs et responsabilité sociale, Edition d’organisation, 2002.

La stratégie des organisations, une synthèse. Les éditions Transcontinental Inc., 2000, p. 637

Hafsi, Kiggundu et Jorgensen sont des auteurs ayant écrits des articles auxquels cette citation fait allusion. Le chiffre entre parenthèses indique l’année de publication.

L’adage sartrien colle avec la réaction sans vergogne de Monsieur « sauve qui peut ! »

Peter Drucker, Managing for résults, 1964 et 1989