Modes et vêtements

 

 

 Une maman, jeune convertie, rend visite à une amie d’une bonne famille, « tradi » depuis toujours. A son arrivée, elle trouve cette dernière en pantalon. Laquelle lui dit : « Attends, je vais me changer

car M. l’abbé doit venir bientôt. »

 

Dans une grande ville, les prêtres sont obligés de batailler sans cesse pour obtenir quelques résultats sur la tenue des femmes à l’église et, en particulier, à la com­munion.

 


Que penser de ces quelques faits ?

 

Pour donner une réponse convaincante, il est bon de re­monter aux choses essentielles avant de descendre aux détails concrets...



De la modestie

Par M. l'abbé Olivier Rioult


Un livre à lire pour réduire notre ignorance au sujet de la Modestie et pour mieux s’imprégner des sources morales et théologiques de cette vertu.

Cet écrit du bienheureux Père de Clorivière date de 1794 : c'est donc en pleine tourmente révolutionnaire que ce grand jésuite donne des directives d'un grand réalisme aux chrétiens de ce temps. Il se consacrera à l'organisation de groupes de vie religieuse adaptés aux circonstances révolutionnaires. Ces lignes valent pour notre temps de révolution et de subversion. Le père donne les grands principes qui nous permettront de ne pas être des suiveurs de la révolution.

VUES SUR L'AVENIR

Ou comment se sanctifier en période révolutionnaire

 

par Pierre de Clorivière (S.J.)

 

Le manuscrit, daté de 1794, dont nous allons publier quelques fragments, forme un volumineux in-folio, d'une écriture serrée de pages environ.

 

 CARACTÈRES ET CONSÉQUENCES DE LA RÉVOLUTION, le 27 janvier 1794

 

II ne paraît pas douteux que dans l'âge où nous entrons, il doive se produire de grands changements qui entraîneront aussi de grands devoirs à remplir. C'est ce qui va fournir la matière de nos réflexions. Ceux qui seront témoins des événements qui doivent se dérouler seront en état de précautionner les fidèles. Ceci n'est qu'une faible ébauche. En l'écrivant nous ne savons si elle verra jamais le jour et certainement sans une providence très particulière, notre travail ne pourra se sauver du naufrage. Ceci ne nous regarde pas. Nous nous contenterons de faire ce qui nous semble selon les vues du Seigneur, et de témoigner par là combien nous souhaiterions contribuer au salut des âmes. D'ailleurs ces pages, si elles devaient paraître, ne s'adresseraient qu'à ceux qui aiment et cherchent la vérité toute nue. Elles exciteraient plutôt le dédain que la curiosité d'autres lecteurs, de ceux surtout qui bornent à cette vie leurs vues et leurs espérances.

Pour nous fidèles, nous avons à nous rendre attentifs aux avis du divin Maître par rapport aux temps de persécution. Ils ne regardaient pas seulement les chrétiens du premier âge, ils s'adressent non moins à nous, et ils nous sont encore plus nécessaires, car nous avons en face de nous des ennemis d'autant plus dangereux qu'ils sont plus éclairés et qu'ils se sont raidis contre la vérité.

 

1 - Trois caractères de la Révolution

 

La Révolution que nous avons vu se déchaîner présente — indiqués d'avance par les Saints Livres — trois principaux caractères : elle a été subite, elle est grande, elle sera générale.

 

Elle a été subite dans son explosion. Nous aurions dû prévoir dès longtemps le mal qui menaçait et nous y préparer. De tous côtés il s'en offrait à nos yeux des symptômes sérieux ; l'impiété faisait des progrès rapides, et après avoir gangrené les classes les plus brillantes de la société, son venin s'était répandu dans les classes moyennes, cl les plus humbles n'étaient pas exemptes d'infection. Un déluge de mauvais livres inondait le royaume. L'éducation était souverainement négligée en ce qui regarde la religion ; et la plupart des personnes de tous les états restaient dans une grande insouciance des choses du salut. Ceux-mêmes à qui leur salut était plus à cœur vivaient dans une entière sécurité-; en vain avait-on fait retentir les avertissements évangéliques et donnant à prévoir que ce qui était arrivé à d'autres nations arriverait aussi, ou pis encore, on ne s'en mettait pas plus en peine que de traits d'orateurs lancés à plaisir pour remuer un auditoire. Par suite, pas de changement clam- la conduite. Il eût fallu s'adonner à la prière, à la mortification, pour attirer les secours extraordinaires que l'approche clé tels périls rendait néces­saire. On a négligé de le faire, la tempête a tondu sur le vaisseau tandis que personne n'était sur ses gardes. Un grand royaume a quitté la religion de ses pères ; le culte y est devenu non seulement schismatique, mais idolâtre ; on y a publiquement blasphémé le nom de Jésus-Christ et persécuté ses ministres avec fureur.

Notre exemple devrait suffire à convaincre les autres peuples (les maux qu'entraîné infailliblement toute révolution qui s'attaque à la véri­table religion et les porter à prendre même par politique, si des motifs plus nobles et plus chrétiens ne les louchent point, des moyens efficaces pour prévenir le danger. Mais pouvons-nous l'espérer, en voyant le système d'irréligion accrédité parmi les grands dans presque tous les pays d'Europe ? N'est-il pas au contraire, à craindre que leurs chefs ne suivent en cela l'exemple de la plupart des Rois de Juda, qui, parce que l'idolâtrie était établie dans le royaume des dix tribus, en tolérèrent chez eux l'usage, de peur que leurs sujets, trouvant le joug trop pesant, en vinssent à le secouer tout à fait. N'est-il pas à craindre que, par une politique aussi contraire à leurs propres intérêts qu'à ceux de la religion et au bonheur de leurs sujets, songeant uniquement à conserver leur autorité et voyant leurs peuples enthousiasmés de l'image d'une fausse liberté, ils deviennent eux-mêmes, dans leurs états, les artisans de la révolution.

 

Le deuxième caractère de la révolution anti-chrétienne, c'est qu'elle est grande ; grande dans l'ordre politique, grande dans l'ordre moral, grande surtout dans l'ordre religieux. Par son objet, elle s'étend à tout ; rien n'est respecté, pas même les premiers principes de la loi naturelle ; les idées les plus universelles sont comptées pour rien, et les droits les plus imprescriptibles violés pour en forger de nouveaux. Ces droits nou­veaux tendent à la suppression de toute espèce de joug naturel, religieux, divin même, comme à l'abolition de tout pouvoir légitime. Il ne suffira pas d'en avoir prévu la portée, mais lorsqu'elle aura prévalu et que la multi­tude s'y laissera entraîner, il faudra beaucoup de prudence, de force et de constance. La prudence sera nécessaire pour décliner sagement le danger, la force pour résister à des assauts répétés, la constance pour supporter patiemment les maux dont on doit s'attendre à être envahi de tous côtés.

Quoique la destruction totale de la religion chrétienne soit le but principal que se proposent, dans la révolution présente, les puissances des ténèbres, ainsi que les agents en chef dont elles se servent pour l'opérer, cependant c'est avec le soin de ne pas montrer au grand jour cette inten­tion perverse. On la laisse seulement entrevoir assez pour encourager les hommes sans mœurs et sans religion, et on ne fait entrer dans le secret que ceux dont on se croit bien assuré. Les agents de la révolution colorent tout ce qu'ils font du bien public, ils avancent des maximes qui seraient susceptibles d'une bonne interprétation, mais qui cachent un sens très mauvais, se réservant de le dévoiler quand ils se croiront assez forts pour tout oser. Ils présentent un ordre de choses de nature à flatter la multi­tude, et dans lequel la plupart croient trouver leurs intérêts. Ceux qui donnent le mouvement à toute la machine retirent de là un double avantage. D'abord ils parviennent ainsi à mettre tout dans une confusion qui leur permet de couvrir leur marche vers le but et d'écarter ceux qui pourraient y mettre obstacle. Ensuite ils entraînent le grand nombre dans leurs vues et deviennent ainsi les plus forts.

Rien de plus dangereux que de se laisser tromper par ces premières apparences. Bien des gens qu'elles ont réussi à surprendre n'ont pas eu le courage de revenir sur leurs pas quand ils se sont aperçus du danger. Ceux qui s'y sont exposés n'ont certainement pas été exempts de faute ; car bien qu'ils n'aient pas prévu, ni peut-être pu entièrement prévoir tout ce qu'on préparait de funeste à la religion, il leur était cependant facile de reconnaître qu'il ne pouvait rien arriver de bon de ce qui se passait. Mille circonstances étaient de nature à éveiller leur attention : le carac­tère des chefs, les paroles qui leur échappaient, les mesures qu'ils pre­naient, et beaucoup de choses semblables leur auraient sans doute ouvert les yeux si l'intérêt, l’orgueil, l'ambition ou autres inclinations déréglées ne les avaient aveuglés.

II faut donc se persuader fortement que tout ce qui regarde la gloire de Dieu, la religion, le salut de l'âme, fût-ce même en des points moins essentiels, doit toujours l'emporter sur toute autre considération. Quand on sera bien pénétré de cette vérité et qu'elle deviendra la règle de toute la conduite, on évitera des écueils où sans cela fatalement tout ferait naufrage, honneur, probité, salut même.

On ne devra pas se lancer témérairement dans ces assemblées tumul­tueuses où la vérité et la raison ne peuvent se faire entendre, où le men­songe préside, et où l'esprit le plus ferme, transporté comme hors de soi, perd de vue les grands motifs qui devraient.le diriger cl s'engage à l'aveu­gle, bien au-delà de ce qu'il voudrait, clans des voies périlleuses et contraires à la conscience. Qu'on ne se laisse point éblouir par les offres les plus avantageuses, par l'éclat clés postes cl. des dignités. Il faut se méfier de ces emplois publics qu'il est difficile de remplir sans blesser sa conscience, à moins qu'ils ne soient de nature a ne pouvoir être abandon­nés sans trahir la cause de Dieu.

Il faut même décliner ces emplois publics, quand le mal a pris telle­ment le dessus, que tous les efforts qu'on ferait pour en arrêter le progrès seraient inutiles.

 

Un troisième caractère de la Révolution anti-chrétienne, c'est qu'elle doit être générale. Elle ne l'a été que trop pour notre malheureux pays. Immense est le nombre de ceux qui se sont laissés entraîner par le torrent ; ceux qui ont résiste sont relativement peu nombreux.

Est-il à craindre que cette révolution s'étende à tous les pays, ou du moins à une grande partie des pays où la religion chrétienne a été portée et a fleuri, depuis que l'Eglise est substituée à la Synagogue ? C'est ce dont se flattent les chefs de la révolution, ils s'en sont vantés dès le commencement. Ils espèrent y réussir moins par la force des armes que par la fraude et la séduction. Tous les moyens leur paraissent licites, ils envoient partout des émissaires soudoyés qui doivent a leur tour en soudoyer d'autres. C'est pour cela qu'ils ont débité sous le nom de « Droits de l'Homme » des principes capables de flatter les passions humaines et propres à tout bouleverser, et ils ont osé les appeler le Code du genre humain. C'est pour cela qu'ils s'efforcent de fomenter le désordre dans tous les états et qu'ils ont juré la perte des souverains.

Cependant je croirais ces prétentions chimériques, ces trames perfi­des comme ne devant avoir d'autre que de vouer leurs auteurs au mépris des générations suivantes si, chez les autres nations, la religion de Jésus-Christ était plus florissante, l'Evangile mieux pratiqué et les vertus morales même plus communes. Mais dans presque tous ces pays, l'impiété a fait de grands progrès ; des sectes ténébreuses, celles mêmes qui chez nous ont été la principale origine du mal, se sont glissées dans toutes les classes sociales, ceux qui veulent se distinguer de la foule affectent l'incrédulité ; il règne par rapport à la religion une grande indiffé­rence, l'ignorance de ses mystères et l'oubli de ses devoirs ; on ne connaît plus la bonne foi dans le commerce, et le libertinage porte le désordre dans les familles. Nous voyons presque partout cette perversion pour laquelle Dieu, par ses prophètes, menace de réprouver les peuples. Pour­quoi ceux dont nous parlons se flatteraient-ils d'être épargnés ? Il n'y a que trois ou quatre ans, la religion catholique était la seule reconnue en France, elle y avait fleuri pendant quinze siècles ; le culte extérieur y était pompeux, le clergé habile et respecté. La France possédait des hommes exemplaires, des communautés ferventes, des prédicateurs éloquents, des missionnaires zélés ; le désordre n'y était, semble-t-il ni plus grand, ni plus général qu'ailleurs. Et cependant la France est tombée, le Christia­nisme est proscrit et l'apostasie a pris sa place.

Ce qui doit faire réfléchir encore les autres nations, c'est ce que nous lisons dans les Livres Saints, de la défection des peuples de la gentilité chrétienne. Il ne serait pas difficile de faire voir que l'annonce en a été consignée dans la plupart des livres prophétiques, mais le témoignage de l'Apôtre des Gentils suffira :

« C'est par la foi, dit-il aux Romains, que vous demeurez attachés au tronc. Ne vous glorifiez point, mais craignez, car si Dieu n'a pas épargné les brandies naturelles Je l'arbre, craignez qu'il ne vous épar­gne pas non plus. Voyez donc la bonté et la sévérité de Dieu : sa sévé­rité envers ceux qui ont été retranchés, sa bonté envers vous, pourvu que vous soyez constants dans la pratique du bien ; autrement vous serez aussi retranchés » (Rom. XI, 20, 23).

 

2 - La Révolution est satanique

 

Depuis la naissance du Christianisme, depuis le commencement du monde, il ne s'est point vu, en réalité, de révolution où l'impiété se soit montrée si à découvert, et se soit portée à des excès à la fois si mons­trueux et si extravagants. Cependant elle s'est répandue avec la rapidité la plus étonnante, par les moyens les moins proportionnés au succès ; et ce qui devait choquer et révolter les esprits n'a servi qu'à lui donner de nouvelles forces. Un grand peuple a changé tout à coup de principes, de mœurs, de lois, de religion. Sans raison, et contre toute raison de poli­tique d'intérêt, de gloire, de bonheur, il affiche l'athéisme. Il semble ne songer qu'à s'aveugler, à s'avilir, à saisir avec empressement les moyens de se rendre malheureux ; il adopte les motions les plus cruelles, accueille les propositions les plus insensées et applaudit les fanfaronnades les plus ridicules.

On ne peut rendre raison de tout cela qu'en l'attribuant au plus grand pouvoir laissé aux démons, à cette liberté qui, selon divers passages de l'Ecriture, est accordée en de certains temps aux puissances des ténèbres.

Cette permission plus étendue que le Seigneur donne aux démons de tenter les hommes, et d'user contre eux de ces artifices dont leur nature supérieure à la nôtre les rend capables, cette permission est un châtiment de la colère divine. Cependant Dieu ne leur donne cette permission qu'à regret et comme malgré lui : « Non humiliavit ex corde filios hominum ». De lui-même, Il ne fait que du bien a ses créatures : « De suo bonus » II faut qu'il y soit contraint par nos péchés, notre orgueil, notre endurcissement. Sans cela, livrerait-il a la fureur de ses ennemis des enfants rachetés du Sang de Jésus-Christ ? Si donc les peuples ren­trant en eux-mêmes s'humiliaient sous sa main toute puissante, s'ils reconnaissaient leur folie et revenaient sur leurs pas, oui sans doute, Dieu se laisserait fléchir, le pouvoir des démons serait enchaîné, des grâces plus fortes seraient répandues sur ces peuples, et, fortifiés par ce secours, ils triompheraient à leur tour des enfers conjurés contre eux. Ce changement doit être l'objet de nos vœux les plus ardents. Mais la conduite de ces peuples donne lieu de craindre que, d'ici longtemps, ils ne reconnaissent même pas leurs maux. Ils sont esclaves, et ils se disent libres, ils s'enfoncent clans les ténèbres, et ils croient s'avancer vers la lumière. Ils nous regarderaient comme des insensés, des fanatiques si nous leur disions, sur la foi des divins oracles, qu'ils sont les jouets et les instruments des esprits de ténèbres, que leur misère est pitoyable et leur aveuglement extrême. Et cependant ils oui lait alliance avec des génies malfaisants pour faire la guerre à Jésus-Christ. Seul un coup signalé de la Miséricorde divine pourrait les rappeler à eux-mêmes. Ce coup n'est pas impossible à une Bonté infinie. .Je ne crois pas que jusqu'ici il y en ai eu d'exemple par rapport à  un peuple apostat qui s'en rend si indigne.

Il y a plus grand sujet d'espérer de chacun en particulier de ceux surtout qui, quoique engagés dans la même voie malheureuse que le corps de la nation, ne sont cependant pas plongés dans l'endurcissement. Il leur reste de la foi, les impressions d'une éducation chrétienne, ils souhaite­raient qu'on ne se fût pas porter à de si grand excès, ils en gémissent en secret. Nous leur dirons ce que Jésus-Christ disait aux Juifs :

« Il vous reste encore un peu de lumière, marchez à sa lueur », et avec le Prophète : « Rendez grâce au Seigneur voire Dieu avant que la nuit vous enveloppe de son ombre ».

Ceux que le Seigneur, par une grâce spéciale, préserve en de tels temps du mal général, doivent user de sages précautions pour mériter qu'un tel secours leur soit continué. Il leur importe d'être convaincu de la rage avec laquelle l'enfer attaque à cette époque les hommes, et du pouvoir, plus étendu qu'en aucun siècle, qui est donné à Satan. Instruits de la force de leurs ennemis, ceux qui ont été préservés sentiront mieux l'excellence de cette faveur, ils avoueront qu'ils ne peuvent s'en attribuer la gloire, qu'elle appelle leur reconnaissance et qu'ils ne doivent pas cesser de se tenir en éveil.

C'est maintenant, en effet, qu'il faut faire entendre aux habitants de la terre ce que trame contre eux l'ennemi du genre humain. Le signal du combat est donné, il n'est plus temps de songer à son repos... Une crainte pusillanime ne pourrait que nous affaiblir et donner des avantages à nos ennemis. Ce qui est un châtiment pour ceux qui ne sont à Dieu qu'à demi, n'est qu'une épreuve pour ceux qui sont généreusement attachés à son service. Le combat est plus violent afin que la victoire soit plus glorieuse, et Dieu augmente les forces de ses soldats quand il les expose à de plus grands dangers. Il est avec nous, que craindrions-nous ? Il combattra pour nous, que peuvent nos ennemis ? Nous pourrions les défier comme le Prophète : « Rassemblez-vous, formez des projets, ils seront anéantis. »

 

3 - La Révolution est ennemie de Jésus-Christ

 

Le grand effort de l'enfer, maintenant surtout, tend à séparer l'homme de Jésus-Christ, à le mettre dans l'inimitié de Jésus-Christ. Tous les biens que Dieu a laits à l'homme, c'est en vue de Jésus-Christ qu'il les a faits. Jésus-Christ est le flambeau du monde. En s'écartant de Lui, les peuples comme les individus, se replongent dans les ténèbres, ils perdent leur gloire et leur bonheur. Il en sera toujours ainsi. « Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur Jésus, qu'il soit anathème » dit saint Paul (1 Cor. XVI, 22). Et comment Jésus-Christ est-il traité parmi nous ? Ce soleil de justice, quoique toujours resplendissant d'une lumière ineffable, a perdu pour nous son éclat, les rayons de sa gloire sont obscurcis, les traits de son amour ont disparu. On ne le connaît plus, ou plutôt on ne le connaît que pour l'outrager, on tourne en ridicule ses mystères, on traite ses vérités de mensonge, sa religion de fanatisme. Il n'a plus à nos yeux rien de grand, rien d'aimable, rien de divin. Nous l'avons regardé comme un séducteur, et nous écartons comme des objets insupportables ce qui nous rappelle son souvenir. A n'en pouvoir douter, s'il était encore sur la terre, nous lui verrions endurer de nouveau les tourments et les ignominies de la Passion. Plus durs que les Juifs, nous ne souffririons pas, ô Jésus, que votre Sainte Mère vous accompagnât au Calvaire avec votre Disciple bien-aimé. Les filles de notre peuple ont eu pour vous la férocité des tigresses, et nous avons appris aux petits enfants à insulter votre nom ! Les païens n'avaient pas contre Jésus-Christ la haine des impies de nos jours. Les peuples schismatiques ou hérétiques font profession de l'ado­rer comme leur Dieu. Aucun ne s'est couvert de la honte de notre apostasie nationale. Et chaque jour ce sont de nouveaux excès.

Cependant, que l'on considère avec attention les biens immenses qu'apporté, à tout un pays, au monde entier la connaissance de Jésus-Christ et sa doctrine divine, et qu'on les compare aux maux sans nombre qui naissent de l'éloignement de Jésus-Christ et du mépris de sa doctrine. Jamais temps ne fut plus propre à cette comparaison, jamais il ne fut plus nécessaire de s'y arrêter.

L'état du monde plongé dans les ténèbres du paganisme et l'état de ce même monde devenu chrétien, nous offrent sans doute les contrastes les plus frappants. Nous voyons, partout où triomphe la lumière de l’Évangile, un sol inculte devenir une terre féconde, les loups se transfor­mer en agneaux, les plus belles vertus triompher dans des cœurs qu'infec­tait le vice, la paix s'établir là où régnait la haine, et les cœurs s'unir dans la vérité et la charité.

Mais le contraste que nous saisissons entre l'état des peuples éclairés des splendeurs de la foi et leur état précédent, est dans le lointain des siècles. Ce qui se passe sous nos yeux est de nature à nous frapper davantage, et d'ailleurs, si nous rapprochons le changement qui s'est accompli autrefois pour les peuples devenus chrétiens, et ce qui arrive à ceux qui abjurent le Christianisme, le contraste deviendra plus frappant encore ! Le premier changement se faisait par degrés, la plupart des habitants d'un pays avaient peu à peu embrassé le Christianisme avant qu'il y fût établi officiellement ; le second changement s'est fait tout à coup, une grande nation où Jésus-Christ était connu et adoré, en très peu de temps a renversé ses autels et méconnu sa divinité.

Dans le premier changement, les saines lumières de la raison incli­naient l'homme vers la foi, il ne faisait que se rendre aux preuves les plus convaincantes ; dans le second, il faut que l'homme étouffe les lumières de la raison et endurcisse son cœur. Dans le premier, l'homme entrait dans une région de lumière et voyait s'ouvrir devant lui la perspective d'un souverain bonheur ; dans le second, l'homme ne peut rien se promettre pour l'avenir, son espoir se réduit au néant, il n'a devant lui que ténèbres et confusion. Le païen avait des idées saines, des vertus morales, et s'il n'y conformait pas sa conduite, du moins il savait les estimer, il ne les désa­vouait pas. Les peuples qui abandonnent le Christianisme passent de la lumière à d'épaisses ténèbres, de l'école de la divine Sagesse à ce que la folie a de plus extravagant, de la théorie, sinon de la pratique des vertus aux dérèglements les plus abjects. Qu'on considère, encore une fois, ce que la France a été pendant plus de quinze siècles et ce qu'elle est maintenant. Le peuple français dans toute sa vie publique ne connaît plus son Dieu, et le génie malfaisant qui préside à ses démarches, profi­tant du pouvoir que lui laisse ce malheureux peuple, l'oblige à déchirer son propre sein, à travailler lui-même à sa ruine et à son infamie.

Ceux-là mêmes qui ne savent pas faire usage du flambeau de la foi, mais qui conservent un véritable amour de la patrie et de saines notions de ce qui peut procurer son bonheur, ne peuvent manquer d'être frappés de l'irrémédiable état où la France est réduite depuis cet abandon du Christianisme. Qu'ils comprennent donc ainsi quel est le moyen tout à fait nécessaire et directement opposé au mal.

 

4 - Remèdes aux maux de la Révolution

 

Pour se défendre des ténèbres, il faut avoir recours à la lumière, pour éviter les séductions du mensonge, il faut se couvrir du bouclier de la vérité. Il faut donc se tourner vers la religion, connaître ses dogmes avec leur divine harmonie, leur merveilleux ensemble et leur excellence, péné­trer la pureté de sa morale, la magnificence de ses promesses et la terreur de ses menaces, la force invincible de ses preuves, la multitude de ses miracles et la certitude de ses prophéties... Il n'est point à craindre qu'un esprit investi de l'éblouissante lumière que jettent tous ces objets, puisse souffrir avec indifférence qu'on veuille les lui ravir, et il ne pourra voir sans frémir d'indignation en quelles ténèbres on voudrait nous replonger.

Et puisque c'est Jésus-Christ qu'on attaque directement, puisque c'est sa connaissance qu'on veut obscurcir, et s'il se peut extirper de l'es­prit des hommes, persuadé qu'ainsi la religion chrétienne tombe néces­sairement d'elle-même avec tous ses mystères : nous donc, au contraire, pour rendre ces efforts inutiles, nous devons faire une étude plus appro­fondie de sa connaissance. Nous devons nous pénétrer des preuves de sa Divinité, de l'admirable économie du mystère de Dieu fait homme, des prérogatives de son Église.

En matière de foi, c'est toujours au Siège de Pierre qu'il faut se tenir attaché, et parce que la doctrine que l'Eglise enseigne est celle qu'elle a toujours enseignée, qu'elle ne varie point, il ne faut jamais s'en départir, pour suivre, quelque motif qu'on puisse avancer, ceux qui enseignent une doctrine qui s'en écarte.

Il est donc important de faire une réflexion à laquelle il eût été à souhaiter qu'on fît plus attention : c'est que, lors même qu'on ne peut consulter l'Eglise ou son premier Pasteur, à qui l'infaillibilité est promise, il ne faut s'en rapporter aveuglément à aucune autorité particulière, parce qu'il n'y en a point qui ne puisse être entraînée elle-même et nous entraî­ner avec elle dans l'erreur. C'est moins à l'autorité personnelle qu'à l'auto­rité des raisons alléguées qu'il faut se rendre ; ce n'est pas là le cas où une obéissance aveugle peut être louable, il y faut user de discernement, comme le dit l'Apôtre : « rationabile sit obsequium vestrum » ; enfin il faut avoir plus égard à la force et au nombre des preuves et des raisons qu'au nombre des autorités particulières. Car dans les temps de trouble, où la vérité est persécutée, il arrive d'ordinaire que le plus grand nombre penche du côté qui favorise sa faiblesse, quoique le moins conforme à la Vérité.

Il faut donc consulter le Seigneur avec simplicité, dans le dessein et la ferme résolution de suivre les lumières de sa conscience, sans avoir égard à ce qui peut arriver de fâcheux, et au jugement désavantageux que les hommes pourront porter à notre conduite. Le Seigneur se plaît à éclairer une âme qui le cherche avec droiture, et les lumières d'une saine conscience s'accordent toujours avec les décisions d'une véritable doc­trine. En se conformant à ces lumières on a vu les âmes les plus simples montrer plus de courage et de fermeté que la plupart des autres dans la défense de la Vérité.

 

Mais quand, ne voulant pas s'en tenir aux décisions trop onéreuses de la conscience, on consulte sans cesse de nouveaux docteurs, Dieu, en punition, permet qu'il s'en rencontre qui donnent des réponses conformes au désir de la nature ; elles servent à étourdir les cris de la conscience mais Dieu n'est pas satisfait. Telle a été la conduite d'un grand nombre.

 

Ce n'est pas assez d'éclairer l'esprit, il est nécessaire d'épurer le cœur, afin que l'esprit puisse recevoir et conserver la lumière. En général, toutes les inclinations perverses qui altèrent la pureté du cœur, altèrent la pénétration de l'esprit et l'offusquaient ; c'est le privilège du cœur pur de voir dans toute sa splendeur la lumière de Dieu. Deux vices, plus que tous les autres, ont plongé notre siècle dans les ténèbres, ce sont l'orgueil et l'impureté.

 

L'orgueil a la plus grande opposition avec la lumière divine, parce qu'il est fondé sur le mensonge et ne peut subsister que dans les ténèbres. La lumière divine, qui n'est autre chose que la Vérité, nous fait voir que grandeur, bonté, sagesse, toutes perfections, sont en Dieu seul ; elle nous incline à nous tenir dans la dépendance de Dieu, à lui rapporter tout honneur et à ne nous préférer à personne. Tout homme qui se complaît en lui-même, qui s'estime et veut être estimé, qui veut s'élever au-dessus des autres, en un mot tout orgueilleux, a de l'éloignement pour une lumière qui le condamne ; il ferme les yeux à toute vérité humiliante, ne peut souffrir de joug et affecte l'indépendance. La religion lui montre des supérieurs qui lui représentent l'autorité de Dieu, il ne peut la souf­frir ; Jésus-Christ lui prêche l'humilité, son nom lui devient odieux. Le souvenir de Dieu lui rappelle son néant, il voudrait l'effacer, et en vient à souhaiter anéantir Dieu, en quelque sorte, afin d'être son Dieu lui-même et de tout rapporter à lui. Telle est la marche de l'orgueil, et c'est ainsi qu'il se précipite dans toutes les erreurs.

Pharaon disait à Moïse : « Qui est le Seigneur pour que j'obéisse à sa voix ? Je ne connais pas le Seigneur. » Les impies de nos temps ne parlent pas d'une autre manière. On dirait qu'ils peuvent disposer à leur gré les événements et ni leurs défaites, ni leurs malheurs, ni l'expérience journa­lière de leur faiblesse, ne sont capables de leur ouvrir les yeux. Un tel aveuglement est précisément la punition de cet orgueil qui naît du mensonge.

L'orgueil est le caractère propre de ces sectes, qui sont parvenues à renverser parmi nous l'édifice de la religion et la forme du gouvernement, qui depuis quatorze siècles y avait fleuri. Jamais homme livré à l'impiété n'a plus que ceux-ci vérifié cette parole : « Ils rejettent avec mépris toute domination et blasphèment tout ce qui porte quelque empreinte de la Majesté divine ».

Pour n'être point entraîné dans leurs voies, il faut aimer et suivre cette lumière de vérité qui montre à l'homme son néant, le porte à faire à son Dieu l'hommage de lui-même et le détourne de s'élever au-dessus des autres. Une conduite si contraire au mensonge attire la bienveillance du Dieu de vérité et garde l'âme de l'erreur.

Comme l'orgueil, le vice de la chair intercepte la lumière céleste, mais non pas par la même voie. L'orgueil le fait en fixant les regards de l'homme sur sa propre excellence, le vice impur en lui faisant oublier sa grandeur et sa noblesse. Si quelquefois des rayons d'en haut viennent percer l'épaisse gangue dont l'âme s'est enveloppée, c'est une lumière importune dont elle cherche à se délivrer en se plongeant plus avant dans la dissipation et dans le vice. Si la foi réveille ses craintes le voluptueux les traite de préjugés d'enfance, et trouvant dans les systèmes de l'impiété la justification de ses chaînes, il se jette dans ces systèmes et pense ainsi faire taire ses remords. Un siècle où règnent les bonnes mœurs n'est pas un siècle d'incrédulité. C'est le libertinage qui a frayé chez nous le chemin à son règne.

Les agents de la Révolution destructive, en présentant au peuple la doctrine infernale de leur liberté, ont lâché la bride à ses passions, secondé et encouragé son penchant pour le vice, rompu les barrières et fait disparaître la honte qu'un reste de pudeur opposait aux inclinations les plus basses. Et cela, tandis qu'ils repaissaient son orgueil, en montrant à ses yeux le fantôme de l'égalité et détruisaient toute subordination. Dès lors, il n'était plus difficile de substituer le mensonge à la vérité et les superstitions les plus monstrueuses à la pure religion de Jésus-Christ. li faut donc ramener le peuple à sa conscience, ce juge intérieur que le Souverain Maître a établi dans le cœur de chacun. Si la raison et les mœurs reprennent quelque empire, ce ne sera pas sans le secours de la religion de Jésus-Christ et des moyens puissants qu'elle offre pour sur­monter les passions et faire aimer la vertu, en particulier l'usage des Sacrements.

 

5 - Le devoir aux jours de persécution sourde

 

Nous supposons qu'il y aura quelque interruption aux maux de la présente révolution (et cette supposition s'appuie sur l'étude des Saintes Lettres). Mais parce que le mal est monté à un tel point que, sans une intervention merveilleuse de Dieu, et telle qu'il n'y en a point eu d'exem­ple, notre pays ne pourrait se relever ; parce que cette interruption ne semble pas prochaine et paraît devoir être accordée en vue de la conver­sion des Juifs et des peuples infidèles, nous n'en parlerons point comme d'une chose certaine. Avant de proposer aucune vue à ce sujet, nous allons exposer ce qui paraît convenir au cas où il ne viendrait point un ordre de choses favorable à la religion.

Dans les temps de persécution moins violente, alors que cependant la religion et ceux qui la professent demeurent dans un état d'oppression et de souffrance, plusieurs choses sont nécessaires entre toutes.

Pour maintenir dans le peuple chrétien l'ordre et la pureté de la foi, l'uniformité dans la conduite, et pour procurer aux fidèles secours et consolation, le maintien de l'ordre hiérarchique est chose capitale. C'est par là que la religion se soutient et se propage dans un pays, et rien ne pourra contribuer davantage à restaurer parmi nous le règne de Dieu et à sauver la foi d'un grand nombre. Le zèle de nos Évêques leur fera, s'il le faut, mépriser le danger comme des incommodités d'une vie pauvre, telle que celle des premiers disciples de Jésus-Christ. Et de leur côté les fidèles se croiront obligés, par amour pour la religion, de pourvoir à leurs dépens, et même au risque de leur vie, à tout ce qui est nécessaire pour que puisse s'exercer le ministère pastoral.

Un soin non moins important sera de procurer à ce malheureux pays un nombre suffisant de prêtres, et il ne saurait y avoir œuvre plus essen­tielle que de ménager aux aspirants du Sacerdoce les moyens de s'y préparer parfaitement. Il faudra encore que tout soit fait pour entretenir et accroître dans le clergé et aussi parmi les fidèles, le zèle du salut. Un chrétien, et surtout un prêtre, doit être prêt à se sacrifier pour le bien spirituel de ses frères, surtout quand les nécessités sont plus urgentes. S'ils n'ont pas le courage de le faire, ils se rendent responsables devant Dieu d'une suite de maux qu'avec un peu de zèle ils pourraient arrêter. Que ceux-là se hâtent qui s'y sentent plus fortement attirés de Dieu, car les premiers à donner l'exemple méritent une plus glorieuse couronne. Mais qu'ils ne se proposent pour fin que la gloire de Dieu et s'attendent à la souffrance. Il faut que leur courage soit tel qu'il augmente à mesure que se multiplient les obstacles, et qu'il se fortifie dans l'abandon total. Ceux qui se proposeraient des vues humaines et chercheraient le repos ne seraient pas propres à l'œuvre de Dieu. Il y faut des ouvriers qui comp­tent uniquement sur Dieu et, sans souci des choses visibles, aient les yeux constamment tournés vers les éternelles. L'entreprise est grande encore et, quel qu'en soit le succès, il ne peut être que très heureux pour ceux qui s'y dévouent. Et ce n'est pas assez de travailler pour la génération présente, il faut aussi songer aux générations futures pour leur préparer des moyens de salut.

 

On rie saurait trop recommander aux fidèles de veiller constamment à l'éducation de leurs enfants. C'est de ce soin que dépend la conservation du dépôt de la foi, et sans ce soin, tous les autres deviendraient inutiles. Ce soin doit s'étendre sur tous les enfants de l'un et de l'autre sexe, depuis le plus bas âge jusqu'à ce qu'ils soient entièrement formés.

Il faut les instruire à fond des vérités et des preuves de la Religion Chrétienne, et ne pas se contenter d'une instruction superficielle et de routine, comme on ne l'a fait que trop ; il faut que les enfants, suivant la portée de leur âge et de leur esprit, puissent sentir quelque chose de la beauté, de la sublimité, de l'accord admirable et de l'excellence de toutes les vérités chrétiennes, et concevoir en même temps combien est déplo­rable le sort et l'aveuglement de ceux qui rejettent ces vérités, pour embrasser le mensonge. Tous ceux qui, parmi les fidèles, auront quelques talents, ne pourront les employer d'une manière plus utile à la Religion et plus agréable à Dieu, qu'en les faisant servir à instruire la jeunesse et à lui inspirer des sentiments chrétiens, qui puissent la préserver de la corruption et de l'incrédulité du siècle.

Ce serait chose de grande conséquence, et bien désirable, qu'il n'y eût parmi nous qu'une même façon de voir, de parler, d'agir. Cela se réalise­rait si tous restaient constamment attachés aux vrais principes, qui ne varient point et qui sont les mêmes pour toutes sortes de personnes. Mais comment l'espérer puisque, dès la naissance de l'Eglise, saint Paul se plaignait que parmi même les ministres de l’Évangile, il y en avait un grand nombre qui le molestaient, qui préféraient leurs propres intérêts à ceux de Jésus-Christ et qui adultéraient la parole de Dieu.

La faiblesse, les sentiments humains, une fausse compassion, l'exem­ple, le poids de l'autorité de personnes elles-mêmes tombées dans l'erreur, détournent un grand nombre des vrais principes et les entraînent dans des écarts dont ils ont bien de la peine à revenir.

Ce que doivent faire alors ceux qui sont dans la pleine voie de la vérité, c'est de supporter patiemment ceux qui s'égarent, de ne point rompre l'unité tandis que l'Eglise ne les a point condamnés et que leur erreur n'est pas telle qu'elle conduise manifestement les âmes au préci­pice. Mais la condescendance des amis de la vérité ne peut pas aller jus­qu'à conniver en une doctrine erronée et pernicieuse ; ils en doivent détourner le plus d'âmes possibles ; ils doivent répandre la véritable lumière, confondre le mensonge et l'illusion ; tout cela en esprit de dou­ceur et de charité, avec soin d'excuser le prochain et d'user d'indulgence envers ceux qui témoignent le désir de revenir à la vérité.

Les vrais principes se reconnaissent à ceci : ce sont ceux qui dans tous les temps ont été enseignés par l'Eglise Catholique, ceux qui sont conformes à la doctrine du Souverain Pontife, ceux qui sont appuyés sur des raisons solides et lumineuses.

 

Ceux qui ne se tiennent point aux vrais principes prennent pour règle leur faiblesse, leurs craintes, des exemples ou des décisions favorables à la nature. Le mal qui en résulte est incalculable ; on a trompé par là dans ce qui s'est fait de plus pernicieux, et, sans le prétendre, on a secondé les efforts des ennemis de la religion. Une conduite ferme et courageuse aurait, en partie, arrêté la contagion. La plupart ont erré par faiblesse plus que par malice. Puissent-ils reconnaître leur erreur. Nous aimons à les excuser autant que possible, et avec quelle joie nous les verrions revenir sur leurs pas, et les aiderions à réparer le tort qu'ils se sont fait à eux-mêmes, et qu'ils ont fait aux fidèles, en s'éloignant de la rectitude évangélique.

Que le passé serve à nous instruire ; l'ennemi ne cessera pas de nous tendre des pièges, de joindre la ruse à la force, afin de tromper par la séduction ceux qu'il désespère de vaincre par la crainte. Soyons très persuadés que l'unique moyen de nous préserver de ses embûches est de faire avec courage, selon les occasions, une profession ouverte de notre attachement à la religion, en acceptant d'avance et même regardant comme un grand bien, tout ce que cette profession peut nous attirer de pénible.

 

6 - Vertus nécessaires dans les temps troublés

 

Dans un temps où l'Eglise n'est pas moins en butte à la fureur de ses ennemis que dans les premiers âges, il ne faut pas une moindre vertu dans ses enfants ; une vertu médiocre ne saurait leur suffire pour rester disciple de Jésus-Christ ; ils ont besoin de grâces plus grandes, de lumiè­res plus vives, à mesure que se multiplient les ennemis visibles et invisi­bles dont ils doivent partout se garder. La fin que ceux-ci se proposent étant évidemment mauvaise, ils seraient trop faibles s'ils ne s'armaient de mensonge. Enfants de l'ancien serpent, ils en imitent les replis, ils s'enve­loppent dans des termes qui ne présentent au premier aspect rien de bien mauvais et se servent d'équivoques comme de filets pour s'attacher les imprudents. Il faut encore un grand discernement pour reconnaître, parmi ceux qui jouissent de quelque réputation de science et de piété, ceux qu'il faut consulter, quel degré de confiance ils méritent et jusqu'où doit aller la déférence à leur avis. Faute de cela, plusieurs en suivant aveuglément des guides aveugles sont tombés avec eux. Pour les choses mêmes qui portent assez ouvertement l'empreinte du mal ou du men­songe, l'autorité de quelques-uns qui les embrassent ou les défendent, l'exemple du grand nombre, la crainte de se singulariser, tout porte à se faire des illusions. On commence par douter, ce qui paraissait vérité certaine ne semble plus que problématique, et on finit par adopter ce qui d'abord faisait horreur.

La lumière divine et une grande lumière, un secours très puissant, peuvent seuls nous mettre à couvert de tels dangers. Que faire pour obtenir ces vives lumières, ces grâces fortes et abondantes ? Dans des temps où la Justice de Dieu est provoquée par une plus débordante mesure de crimes, il est selon les règles de l'équité que nous fassions de notre côté ce qui dépend de nous pour satisfaire cette divine Justice, et nous ne pouvons espérer que Dieu nous distingue par des effets particu­liers de sa miséricorde, si nous-mêmes ne nous distinguons à son service par une fidélité plus généreuse.

 

La gloire de Dieu, la charité pour le prochain nous y excitent. Si avec une vertu commune il est possible de nous sauver, nous ne sauverons pas les autres. Il faut que par une vie plus sainte nous acquerrions un plus grand crédit auprès de Dieu, que ferveur et confiance donnent poids à nos prières, et que par un généreux mépris de la vie et de tout ce que le monde estime, nous attirions les miséricordes du Seigneur. Un acte de zèle de Phinée obtint le pardon du peuple ; Aaron, l'encensoir à la main, arrêta la vengeance divine ; cinq justes auraient préservé Sodome.

 

Certaines vertus sont plus particulièrement nécessaires dans les temps de persécution, pour les traverser sans faiblir. Et d'abord cette pauvreté d'esprit qui est si fort recommandée clans le Saint Evangile. Bien que le renoncement de cœur aux choses de la terre soit seul exigé de tous les Chrétiens, il est des circonstances où le renoncement effectif devient nécessaire. La chose était très fréquente dans ces premiers âges de l'Eglise, où les fidèles se voyaient menacés de perdre leurs biens et d'être réduits à la dernière indigence, s'ils n'adoraient les idoles. Nous voici maintenant dans un âge où l'esprit de pauvreté sera plus nécessaire qu'il ne l'a été depuis bien des siècles. La raison en est évidente, nous avons déjà sous les yeux les prémices des sacrifices nécessaires. D'un autre côté, combien qui se disaient Chrétiens se sont rangés sous l'étendard de l'impiété, par crainte de pertes temporelles, l'amour de leurs biens domi­nant leurs cœurs. Il est donc très nécessaire d'entretenir un sincère mépris de ces biens qui ne rendent pas l'homme plus grand ; de les possé­der sans attache, ce qui demande qu'on sache s'exercer à la privation ; d'en user avec sobriété et sans se rendre esclave de ses aises ; de savoir, quand il le faut, s'en occuper sans sollicitude inquiète, et d'être prêt à s'en séparer sans regret. Ces biens sont comme la toison des brebis, dont il est bon qu'elles soient déchargées quand elle devient trop forte. Pour le chrétien qui comprend et embrasse le trésor de la Pauvreté évangélique, le monde n'a plus les mêmes dangers et il remportera dans la tentation de glorieuses victoires.

Il ne lui faudra pas moins de mépris du monde et de ses honneurs, s'il veut rester libre et fort en face de la séduction ou de l'épreuve. Il est vrai cependant que élévation, honneurs, dignités, sont, par rapport à plusieurs, tout à fait dans l'ordre de Dieu. C'est une chose nécessaire au maintien de toute société soit civile, soit spirituelle, et par cette raison, nous ne pouvons douter que la divine Providence n'en ait destiné plu­sieurs parmi les hommes pour les placer au-dessus des autres, et qu'elle ne leur ait préparé les grâces dont ils ont besoin dans cette élévation. On peut donc accepter honneurs et dignités, quand c'est la Providence qui les présente, comme un moyen de procurer sa gloire et de servir les autres hommes. Mais afin de n'être point trompé par un orgueil secret et de ne pas prétendre à des honneurs qui seraient cause de notre perte, il ne faut ni les rechercher, ni les désirer, il faut les craindre.

Ce que nous venons de dire, doit s'entendre spécialement de ces temps et de ces pays où règne la religion chrétienne ; le même ordre de Providence n'a pas lieu, du moins pour ce qui regarde le salut et par rapport aux emplois du siècle, dans ces temps et ces pays où règnent l'impiété, le schisme, l'hérésie. Le Seigneur abandonne à leur sort les pays qui l'ont tout à fait abandonné, et l'ont comme forcé de les laisser à eux-mêmes et de retirer d'eux les soins d'une Providence spéciale. Jamais il ne s'éloigne entièrement d'eux ; il veille, mais comme cause première, comme moteur universel, et dans l'ordre de la nature. Parce qu'ils ont fui la lumière, II permet que, tombés dans les ténèbres, ils ne s'en aperçoivent même pas. On ne doit donc plus croire qu'il y ait des grâces spéciales et d'un ordre surnaturel, pour les emplois et les dignités, dans ces pays où le Christianisme sera persécuté, et qui seront livrés à l'erreur ou à l'oubli de toute religion. Les puissances de ténèbres, par un châtiment de la Justice divine, présideront à la forme de gouvernement qu'on y adoptera ; en conséquence toute la machine n'aura pour but que d'introduire et de faire régner la corruption et l'incrédulité. Les emplois n'y seront donnés qu'à ceux qui porteront « le caractère de la Bête » ; pour y être admis, il faudra faire profession d'impiété et coopérer à toutes sortes d'injustices. C'est ce que nous avons déjà vu, c'est ce qui se verra encore.

Dans ce siècle ténébreux, qui cependant se vantera d'être un siècle de lumière, il y aura beaucoup d'hommes charnels et sans aucune notion des choses divines. Ceux-là sont les adorateurs du monde. A nous de nous garder de cet esclavage, en restant purs de toute ambition, comme de toute attache aux biens du monde et de toute recherche de ses plaisirs.

 

7 - Luttes de l'Eglise et erreurs modernes

 

De la méditation des prophéties de l'Ancien et du Nouveau testament, il résulte plusieurs choses très propres à nous éclairer et à ranimer notre courage.

Loin de nous scandaliser, ce qui se passe sous nos yeux dans ces temps ne doit nullement nous surprendre ; il n'arrive rien que ce qui a été annoncé par les Serviteurs de Dieu, ses prophètes.

L’Église de Jésus-Christ devait être abandonnée, opprimée et persé­cutée par ces mêmes nations qui, pendant des siècles se sont fait gloire de l'avoir pour Mère et pour Maîtresse.

Les maux que souffre l'Eglise seront vengés, en dépit de la folle prétention de ses ennemis de rendre vaines les promesses divines, et les gouvernements qui croiront détruire l'Eglise travailleront à sa gloire, mais à leur propre ruine.

Enfin, malgré le pouvoir plus grand laissé aux puissances des ténè­bres, Dieu mettra un frein à leur fureur et il y aura une interruption dans l'exécution de leurs desseins. Mais à en juger par ce que nous voyons, il semble bien que cette interruption n'aura lieu qu'après un assez long espace de temps, et après bien des ravages causés parmi plusieurs peuples.

Nous avons vu une première épreuve, dans laquelle nos premiers pasteurs ont repoussé presqu'à l'unanimité ce qu'on proposait de con­traire à la fidélité due au Seigneur et à son Église.

Une seconde épreuve sera plus terrible encore, lorsque des chrétiens devenus infidèles ne se contenteront pas de renoncer à quelques points de la religion catholique, mais les attaquerons tous à la fois. Quel­que désirable qu'il soit que ceux qui garderont le dépôt de la foi aient tous une égale constance, une parfaite unanimité, on ne peut l'espérer tout à fait. Le nombre de ceux qui résisteront sera néanmoins considérable.

 

8 - Devoirs envers la Vérité

 

II se trouve toujours, même au sein de l'Eglise, des hommes qui se rapprochent du monde et de la manière de penser du monde, des hommes qui font consister leur force d'esprit à contester les vérités les plus plausibles quand elles ne sont pas selon le goût du monde ; il y aura donc des fidèles qui, sans examen, se conformeront au jugement des sceptiques et des propagateurs d'incrédulité. Plusieurs même de ceux qui d'abord se sont montrés défenseurs de la vérité, et dont l'opinion entraîne celle du grand nombre, deviendront partisans du mensonge.

Les fidèles doivent toujours se souvenir de la haine que Dieu a pour l'erreur, et se tenir en garde contre les sentiments des incrédules, sachant bien qu'ils sont guidés par l'esprit de ténèbres. Quand surtout des sys­tèmes impies dominent, combien de fois ne se croit-on pas comme forcé, par une lâche et molle condescendance, de trahir les intérêts de la foi ? Le remède à ce mal est une foi sincère, une humilité véritable et le mépris du monde.

 

Un autre danger est d'abandonner une vérité après l'avoir reconnue, par crainte du mal auquel on s'expose en la défendant. Qu'on réfléchisse bien que défendre une vérité, surtout quand elle touche à la foi, c'est défendre la cause de Dieu ; l'abandonner, c'est s'éloigner de Dieu pour se ranger du côté du Père du mensonge. C'est toujours quelque chose de grave et dont les conséquences sont funestes : une première faute en attire une seconde, et tel croyait n'avoir à se reprocher qu'un faux pas qui se voit en peu de temps entraîné dans un abîme. Il faut donc être dans la ferme détermination de ne jamais reculer dans tout ce qui concerne la vérité, et de compter pour rien son repos, ses intérêts, sa vie même, quand il s'agit de la défendre.

 

Un autre danger encore, qui regarde ceux qui se seraient préservés des deux premiers, ce serait de suivre aveuglément les autorités particulières qui, dans des temps de troubles et de persécution, penchent la plupart, pour l'ordinaire, du côté qui favorise la nature quoiqu'opposé à la vérité. Qu'on s'en souvienne bien, la vérité demeure toujours la même, elle ne varie pas avec les circonstances ; ce que dans un temps on a vu être vrai n'a pas cessé de l'être, quoique tels ou tels aient changé de sentiment ; il faut s'en rapporter à ce qu'on pensait lorsque rien n'offusquait le jugement, et non aux doutes survenus depuis que des motifs terrestres et des craintes humaines ont ôté à l'entendement une partie de sa force et de sa liberté. Qu'on pèse les raisons de ceux dont l'opinion tient les esprits en balance, plutôt que leur nombre, et ces raisons se trouveront bien faibles. D'ailleurs leur autorité s'éclipse et disparaît devant celle de l'Eglise et du Souverain Pontife.

 

9 - Motifs d'espérance

 

Pour relever le courage de ceux qui demeurent fidèles, il faut leur rappeler les promesses divines dont l'accomplissement sera entremêlé aux calamités des derniers siècles.

L'alliance de Jésus-Christ et de son Église est éternelle, il sera tou­jours avec elle comme Dieu de vérité et de sainteté, il l'a établie sur Pierre et ses successeurs comme sur un roc inébranlable. Les marques distinctives de la véritable épouse de Jésus-Christ subsisteront toujours en elle. Le sacrifice de l'autel s'offrira toujours et les aigles, les vrais fidèles, se rassembleront autour du Corps de l'Homme-Dieu. La Chaire de Pierre restera toujours leur point de ralliement, et quelque grande que devienne la perversion, elle ne sera pas telle que Dieu ne conserve encore en chaque pays des fidèles, des prêtres et des pontifes. Quand des nations se séparent d'elles, l'Eglise pleure cette défection, mais elle ne cesse pas d'être la mère d'un grand nombre d'enfants.

J'ajoute que l'extinction des sectes hérétiques et schismatiques d'une part et de l'autre la confusion et les absurdités où tomberont les nations qui auront apostasie la religion chrétienne ne serviront pas peu à distin­guer glorieusement la sainteté de l'Eglise de Jésus-Christ.

Cette ignorance profonde, ces ténèbres en quelque sorte palpables et sensibles à tous ceux qui veulent faire usage de la simple lumière de la raison, et joints à cela, les mœurs cyniques, l'impudence et le désordre qui caractériseront ces peuples à mesure qu'ils s'éloigneront davantage du Soleil de Justice, toutes ces choses seront un antidote contre les scandales de ce temps.

Lorsque l'Eglise fait quelques pertes, Dieu daigne les réparer souvent d'une manière éclatante. C'est ce qui doit arriver au temps de la Révolu­tion générale. Jamais les pertes de l'Eglise n'auront été plus grandes, elle en sera en quelque sorte réduite à l'état où elle était à l'heure de la Passion du Sauveur, mais ce sera pour reparaître avec un nouvel éclat et propager plus loin qu'auparavant l'empire de Jésus-Christ. Sa jeunesse sera renouvelée, et l'Esprit Saint répandra sur elle une plus grande abondance de dons. Les Juifs ouvriront enfin les yeux à la lumière, ils adoreront celui qu'ils ont si longtemps méconnu, et devenus apôtres de la divinité de Jésus-Christ, ils la publieront chez les nations infidèles, de sorte que jamais l'Eglise n'aura été si étendue. Un grand nombre de ses enfants seront éminents en sainteté et leur courage paraîtra surtout quand viendra le jour où il faudra qu'ils souffrent une cruelle persécution.